PiĂšcede théùtre publiĂ©e en 1990 par le dramaturge JJL, mort 5 ans plus tard, Juste la fin du monde Ă©voque, entre autres, des thĂšmes forts comme la solitude, l'incommunicabilitĂ© et la Justela fin du monde, premiĂšre partie scĂšne 1 . LycĂ©e PremiĂšre. Juste la fin du monde, premiĂšre partie scĂšne 1. Analyse linguistique de textes . Intro: Jean-Luc Lagarce, dramaturge et metteur en scĂšne de théùtre contemporain, publie la piĂšce Juste la fin du monde en 1990. Dans cette tragĂ©die intime, le personnage de Louis dĂ©cide de retourner chez lui, aprĂšs des annĂ©es Amazonfr: juste la fin du monde analyse. Nous utilisons des cookies et des outils similaires qui sont nĂ©cessaires pour vous permettre d'effectuer des achats, pour amĂ©liorer vos expĂ©riences d'achat et fournir nos services, comme dĂ©taillĂ© dans notre Avis sur les cookies.Nous utilisons Ă©galement ces cookies pour comprendre comment les clients utilisent nos services (par 1805/22 Français Juste fin monde JEAN-LUC LAGARCE Fiche d'identitĂ© TITRE: Juste la fin du monde AUTEUR: Jean-Luc Lagarce DATE: 1990 MOUVEMENT LITTERAIRE: aucun mais influence de l'absurde GENRE LITTÉRAIRE, theatre PARCOUS ASSOCIE: Grise personnelle, crise familiale. RĂ©sumĂ© PERSONNAGES: Louis (34 ans), protagoniste / Antoine (32 ans), justela fin du monde analyse de texte. Home; Themes; Blog; Location; About; Contact EtudelinĂ©aire, "A une passante" , Baudelaire. 1Ăšre. Plus. Jean-Luc Lagarce, JUSTE LA FIN DU MONDE, Partie I, scĂšne 9 1 5 10 15 20 25 La MĂšre. – C’est l’aprĂšs-midi,4 toujours Ă©tĂ© ainsi1 : le repas dure plus longtemps, on n’a rien Ă  faire, on Ă©tend ses jambes.5 CATHERINE. – Vous7 voulez encore du cafĂ© ? 6 SUZANNE. I1sC. Voici un guide pour vous aider Ă  relire l’extrait de cette longue scĂšne que nous avons Ă©tudiĂ©. DĂ©limitations de l’extrait De la rĂ©plique de Suzanne, Antoine, regarde-moi 
 rien. » Ă  Je vais bien ». Sur les enjeux de l’ensemble de la scĂšne Ici, je remets l'extrait en perspective avec tout le dĂ©but de la scĂšne ; vous ne pourriez tout reprendre, mais cela vous permet de vous replonger dans cet extrait avec le contexte en tĂȘte. Rappelez-vous, au moment de retravailler sur cette scĂšne, les enjeux pour Louis, pour les autres personnages, mais aussi pour le dramaturge, alors qu’il s’agit de prĂ©parer ce qu’au théùtre on appelle habituellement le dĂ©nouement. Pensez Ă  relire la scĂšne prĂ©cĂ©dente pour bien situer celle-ci la scĂšne 1 est un monologue de Louis qui annonce n’avoir pas dit ce pourquoi il Ă©tait venu ; ce propos est donc postĂ©rieur Ă  la scĂšne qui suit. VoilĂ  qui peut crĂ©er une attente trĂšs intĂ©ressante alors que le spectateur jusque-lĂ  s’attend Ă  ce que Louis parle, il dĂ©couvre que ce ne sera pas le cas. Comment la piĂšce peut-elle bien se dĂ©nouer s’il demeure silencieux sur l’essentiel ? Que va-t-il dire ? Pensez aussi aux personnages de la scĂšne 2 qui devrait aurait dĂ» ? ĂȘtre le protagoniste ? Quel est finalement le personnage le plus important ? Quel effet cela produit-il in fine sur le spectateur ? Je vous recommande enfin de relire la scĂšne 1 de la premiĂšre partie la scĂšne 2 reprend les mĂȘmes personnages, et comme en miroir, elle est centrĂ©e sur le dĂ©part de Louis, quand la premiĂšre Ă©tait fondĂ©e sur sa venue. On peut d’ailleurs observer cet effet miroir Ă  une Ă©chelle plus large au Prologue, dans lequel Louis explique qu’il revient annoncer sa mort prochaine, rĂ©pond le monologue de la scĂšne 1 de la deuxiĂšme partie, dans lequel il dit repartir sans avoir parlĂ© ; la scĂšne du dĂ©part, je l’ai Ă©crit ci-dessus, pose la question de l’au revoir, quand celle de l’arrivĂ©e soulevait le problĂšme des retrouvailles. Il vous suffit d’extraire de ces scĂšnes une phrase qui vous semble reprĂ©sentative des enjeux Ă©noncĂ©s ci-dessus pour construire une amorce, ou une ouverture intĂ©ressante. Situation de l’extrait À l’instar de sa venue, le dĂ©part de Louis, semble-t-il tout aussi inexpliquĂ©, a dĂ©clenchĂ© une nouvelle crise au sein de la famille, Suzanne dĂ©sirant qu’il reste encore, Antoine proposant de le raccompagner. Les tentatives de calmer Antoine, et les mots Ă  son encontre “dĂ©sagrĂ©able”, “un peu brutal”, n’ont fait qu’envenimer la situation, de sorte que ce qui s’apparentait Ă  l’approche d’un dĂ©nouement a comme créé de nouveaux nƓuds. Mais la colĂšre d’Antoine, qui a focalisĂ© l’attention, semble alors retomber. Lecture dĂ©taillĂ©e Angles de lecture possibles C’est une scĂšne dans laquelle Antoine se justifie, aprĂšs son explosion de colĂšre. C’est une tirade par laquelle Antoine tente de changer le regard des autres d’homme en colĂšre, il devient un homme fatiguĂ©, victime de son frĂšre Louis. C’est une tirade au cours de laquelle Antoine s’autorise Ă  dire aux autres ce qu’il Ă©prouve. Cette tirade s’apparente Ă  la fois Ă  un plaidoyer et Ă  une prise de conscience. C’est une scĂšne dans laquelle Antoine se libĂšre Ă  la fois d’un poids et du regard des autres. C’est une scĂšne dans laquelle Antoine, qui jusque-lĂ  se taisait, s’ouvre et se rĂ©vĂšle, alors que retombe sa colĂšre. Cette tirade d’Antoine s’apparente Ă  un plaidoyer et un rĂ©quisitoire Ă  la fois une dĂ©fense et une accusation. C’est une scĂšne qui renverse la situation oĂč l’on attendait Louis, c’est le personnage d’Antoine qui est au centre de l’attention. Antoine, qui se taisait jusque-lĂ  “pour donner l’exemple”, passe ici de la colĂšre Ă  l’analyse, du plaidoyer au rĂ©quisitoire, et se rĂ©vĂšle au spectateur. C’est une scĂšne dans laquelle le personnage d’Antoine se complexifie. 
 Vous le voyez, ces angles de lecture ont le mĂ©rite de donner Ă  entendre, dĂšs l'introduction, ce que vous avez retenu, ce qui oriente votre explication. Par lĂ  mĂȘme, vous permettez Ă  l'examinateur de mesurer si vous avez une vue d'ensemble, ou si vous prĂ©fĂ©rez une interprĂ©tation globale pertinente de l'extrait. Ces formulations sont parfois des variantes les unes des autres, c'est bien normal. Composition de l’extrait Je vous propose une lecture affinĂ©e de la composition de l'extrait, peut-ĂȘtre lĂ©gĂšrement diffĂ©rente de ce que nous avons vu en classe mais celle-ci me paraĂźt plus claire, plus convaincante et plus pratique pour vous. Premier mouvement Antoine interroge sa fatigue », et tente Ă  travers ce mot, fatiguĂ© », de se dĂ©finir. Ce mouvement correspond Ă  la premiĂšre phrase ponctuĂ©e il s’achĂšve Ă  “je n’ai jamais Ă©tĂ© autant fatiguĂ© de ma vie”. Second mouvement son plaidoyer se poursuit, et tourne Ă  l’accusation, ainsi qu’à la rectification il rĂ©cuse ainsi l’emploi du terme brutal » pour le qualifier. Tout ce mouvement est fondĂ© sur le mot juste », avec toute sa polysĂ©mie - entre justesse des mots et justice des conduites jusqu’à ce n’est pas exact ». Ce mouvement lui aussi s’achĂšve par un point final. TroisiĂšme mouvement comme pour illustrer son propos, Antoine rapporte un souvenir d’enfance reprĂ©sentatif et Ă©clairant jusqu’à On ne peut pas m’accuser ». Ce troisiĂšme mouvement s’achĂšve par un point final. QuatriĂšme et bref mouvement de clĂŽture de l’extrait Antoine s’adresse Ă  Catherine et Ă  Suzanne, Ă  tous peut-ĂȘtre. Il renvoie Ă  Louis la responsabilitĂ© de son dĂ©part. Sa colĂšre semble apaisĂ©e vous aurez lĂ  aussi un travail interprĂ©tatif Ă  faire. Premier mouvement Antoine se dĂ©finit comme un homme fatiguĂ© ». L’ESSENTIEL Pensez Ă  commenter, au cƓur de ce dĂ©but de tirade, le crescendo au travers duquel Antoine Ă©voque son Ă©tat, “fatiguĂ©â€, et la polysĂ©mie du terme de l’expression d’un Ă©tat temporaire Ă  une vision de soi. Vous songerez Ă  insister sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement ou pas essentiellement d’une excuse, mais bien d’une explication, au service au fond d’une dĂ©fense pro domo Antoine se dĂ©fend ; un plaidoyer pro domo, c’est un plaidoyer pour soi-mĂȘme. Le terme “fatiguĂ©â€ se substitue Ă  “brutal”, que rĂ©cuse Antoine comment ? Antoine n’est-il pas en train de se dĂ©finir, de se rĂ©vĂ©ler sous nos yeux ? Vous serez attentifs aux retours Ă  la ligne et Ă  ce qu’ils traduisent chez le personnage, ainsi qu’aux rĂ©pĂ©titions et aux rĂ©fĂ©rences explicites Ă  la difficultĂ© de dire. Antoine est-il maladroit ? BouleversĂ© ? Antoine vous paraĂźt-il touchant dans ce dĂ©but de tirade ? Qu’est-ce que cela change, qu’il soit au centre de l’attention de la famille et des spectateurs ? POUR AFFINER VOTRE LECTURE À quoi voit-on que la colĂšre d’Antoine est retombĂ©e ? Quel mot remplace les termes dĂ©sagrĂ©able », brutal » et mal », employĂ©s plus haut ? En quoi ce terme est-il particuliĂšrement riche de sens ? Renvoie-t-il Ă  un Ă©tat provisoire ou un Ă©tat permanent ? Pensez Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  la gradation, qui passe de l’énoncĂ© d’un Ă©tat Ă  celui d’une dĂ©finition je suis fatiguĂ© 
 je suis toujours fatiguĂ© 
 je suis devenu un homme fatiguĂ© 
 je n’ai jamais Ă©tĂ© autant fatiguĂ© de ma vie ». Quels motifs quelles raisons Antoine Ă©vacue-t-il ? Pensez Ă  montrer comment Antoine se singularise. Vous pouvez par exemple commenter la portĂ©e gĂ©nĂ©ralisante d’une partie de son propos cf. le “on” et le prĂ©sent de vĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale “on croit que
”. En quoi peut-on dire qu’Antoine parvient Ă  affirmer une part de lui-mĂȘme de façon plus nette que dans le reste de la piĂšce ? Second mouvement le plaidoyer se poursuit par la rĂ©cusation du terme “brutal”, et se transforme bientĂŽt en rĂ©quisitoire Antoine prend en somme ses juges Ă  partie. L’ESSENTIEL Comment Antoine parvient-il Ă  rĂ©cuser le terme brutal » ? Comment fait-il pour insister sur le refus de ce terme ? Montrez comment le plaidoyer se transforme dĂ©jĂ  en accusation en rĂ©quisitoire, avec le reproche sur le regard que l’on porte sur lui, la rĂ©pĂ©tition du pronom “vous” qui peut-il dĂ©signer ?, la façon dont les autres sont Ă©voquĂ©s, dans un mouvement en expansion comment l’interprĂ©ter ?. Commentez l’emploi du prĂ©sent “vous ne me regardez pas” voir ci-dessous ma proposition de questionnement. RĂ©flĂ©chissez au rĂŽle de la juxtaposition dans la tirade d’Antoine, mais aussi, et toujours, aux retours Ă  la ligne ; Ă  partir de “je ne suis pas un homme brutal”, il n’y en a plus pourquoi cette phrase peut-elle enfin se dĂ©ployer sans interruption ? Commenter le dĂ©tachement d’une partie du texte, ou plutĂŽt l’interruption du propos d’Antoine pourquoi ce premier blanc difficultĂ© Ă  dire ? reprise de souffle ? dĂ©but d’une prise de conscience ? Pensez au personnage Ă  qui il s’adresse Ă  ce moment prĂ©cis, et Ă  ce qui peut se passer sur scĂšne entre les personnages Ă  ce moment-lĂ  voir ma proposition de questionnement ci-dessous. Montrez l’importance de l’adjectif “juste” et commentez sa polysĂ©mie. Je vous recommande de rĂ©flĂ©chir au fait qu’à l’image de toute la tirade, ce mot fait partie d’un ensemble de termes associĂ©s en rĂ©seau fatiguĂ©, brutal, mĂ©chant, mauvais, juste, exact. POUR AFFINER VOTRE LECTURE Je vous invite Ă  ĂȘtre attentif au retour du verbe imaginer ». Que dit-il de la façon dont les personnages se pensent les uns les autres au sein de cette famille ? RĂ©flĂ©chissez au motif du regard. Peut-on faire un lien avec la question de l’abandon et donc avec Louis ? Pensez Ă  commenter les adresses d’Antoine aux personnages, la rĂ©pĂ©tition du pronom “vous” quel effet produit-elle ? comment la profĂ©rer ? n’inclut-elle que les personnages ?, les didascalies internes qui suggĂšrent qu’Antoine se tourne tour Ă  tour vers les uns et les autres, et que peut-ĂȘtre ceux-ci esquissent des gestes Ă  son encontre. Qu’est-ce qui a changĂ© dans leur rapport Ă  Antoine par rapport aux premiĂšres minutes de la scĂšne ? Comment interprĂ©tez-vous l’emploi du prĂ©sent dans la phrase “vous ne me regardez pas” faut-il y voir un prĂ©sent d’énonciation c’est-Ă -dire, rappelons-le, un prĂ©sent qui rĂ©fĂšre Ă  la situation prĂ©sente, et donc une didascalie interne les autres membres de la famille, face Ă  lui, ne le regarderaient pas au moment oĂč il Ă©nonce cette tirade, ou un prĂ©sent d’habitude ils ne le regarderaient jamais, ce qui change aussi lĂ©gĂšrement le sens du verbe regarder ? Pensez Ă  interprĂ©ter l’attitude et l’état d’Antoine et des autres personnages au milieu de notre extrait, en vous appuyant sur les didascalies internes ça va maintenant » peut Ă©ventuellement en ĂȘtre une, le blanc qui interrompt le propos signe de fatigue ? Reprise de souffle ? HĂ©sitation ? Prise de conscience ?. N’hĂ©sitez pas Ă  relever en tout cas tout ce qui exprime, dans ce mouvement, le dĂ©but d’une prise de conscience, mĂȘme si vous sautez quelques lignes puis revenez en arriĂšre pour une autre analyse. Tout ce mouvement sert Ă  la fois le plaidoyer pro domo d’Antoine, dĂ©jĂ  engagĂ©, et son rĂ©quisitoire contre Louis, Ă  l’origine selon lui de cette situation. Antoine est devant ses juges observez comme il nomme les uns et les autres dans un mouvement d’expansion. Mais le vocabulaire aussi joue un rĂŽle important. Vous retrouverez le verbe accuser, mais surtout des adjectifs qu’Antoine profĂšre, associe et interroge mĂ©chant, mauvais, brutal, exact et surtout juste. Montrez comment, dans un deuxiĂšme temps, la tirade se dĂ©ploie Ă  partir d’une prise de conscience. Plusieurs indices en tĂ©moignent, notamment l’adverbe “soudain”. Comment interprĂ©ter le rapprochement que fait Antoine entre les termes juste » et exact » ? Pensez Ă  prendre le temps de dĂ©finir le terme “juste”. TroisiĂšme mouvement Antoine raconte ensuite un souvenir, comme un exemple au service de son plaidoyer ; mais les Ă©pisodes qu’il rapporte prolongent aussi sa prise de conscience. L’ESSENTIEL Vous commenterez bien sĂ»r le souvenir d’Antoine et la façon dont il est rapportĂ©, devant Louis et Ă  Louis attachez-vous aux changements de pronoms Louis est dĂ©signĂ© de plusieurs façons diffĂ©rentes, trĂšs rĂ©vĂ©latrices de la façon dont Antoine porte sa parole, au choix de l’imparfait qui indique la frĂ©quence de tels Ă©vĂ©nements quelle est-elle ?. Montrez comment, Ă  la façon d’une parabole, ce souvenir Ă©claire le prĂ©sent pour Antoine et pour les autres personnages, ainsi que pour le spectateur, d’une forme de dĂ©fense Ă  une autre, d’une forme de brutalitĂ© Ă  une autre. Commentez l’expression se donnait le beau rĂŽle » voir ci-dessous. Vous reverrez qu’Antoine rĂ©flĂ©chit au moment oĂč il parle, et mĂȘme que sa prise de conscience, sur la nature de ses relations avec Louis, est parachevĂ©e par le rĂ©cit de ce souvenir. Soulignez pour ce faire le rĂŽle de la parenthĂšse. POUR AFFINER VOTRE LECTURE Attachez-vous Ă  tout ce qui souligne qu’une prise de conscience s’opĂšre. En quoi peut-on dire du souvenir rapportĂ© par Antoine qu’il est emblĂ©matique de sa relation avec Louis ? Pensez, bien sĂ»r, Ă  commenter le choix de l’imparfait. Dans la façon qu’a Antoine de le rapporter, soyez attentifs aux pronoms qui dĂ©signent ou incluent Louis. Que signifient les changements de pronoms ? se donnait le beau rĂŽle » pensez Ă  vous arrĂȘter sur cette expression du langage courant
 qui nous vient justement du théùtre. Toute la piĂšce est empreinte de théùtralitĂ© Louis, dĂ©jĂ , s’est montrĂ© comme un metteur en scĂšne pensez Ă  la scĂšne 1 de cette partie. Que dit-elle, cette expression, de Louis, et du regard qu’Antoine porte sur lui ? Qu’est-ce qui malgrĂ© cette prise de conscience en marche, atteste du doute qui persiste chez Antoine ? Comment Antoine rapproche-t-il le souvenir d’enfance du moment qu’ils viennent de vivre ? Comment interprĂ©tez-vous cela ? Quel regard nouveau le lecteur - spectateur peut-il porter sur la question de la brutalitĂ© ici ? Ce mouvement opĂšre une boucle sur lui-mĂȘme en revenant Ă  la question de la brutalitĂ©, de la dĂ©fense et de l’accusation. Pensez Ă  l’indiquer. QuatriĂšme et dernier mouvement clĂŽture du texte, sur l’expression d’un apaisement ? L’ESSENTIEL Pensez Ă  indiquer Ă  qui Antoine s’adresse Catherine dans un premier temps Ne lui dis pas de partir
 », et ensuite ? Pourquoi Antoine recommande-t-il de ne pas demander Ă  Louis de partir ? En quoi cela est-il libĂ©rateur ? Comment dire la derniĂšre phrase ? Pensez aux blancs. POUR AFFINER VOTRE LECTURE Montrez comment la toute fin de la tirade clĂŽt l’extrait en revenant au thĂšme du dĂ©part. Qu’est-ce qui a changĂ© ? Pourquoi est-il important qu’Antoine demande Ă  Catherine de ne rien dire Ă  Louis, de ne rien lui demander ? Comment interprĂ©tez-vous “Je vais bien” ? Comment le diriez-vous Ă  voix haute ? Faut-il y voir une didascalie interne, qui suggĂ©rerait un geste de la part d’un des membres de la famille Ă  l’égard d’Antoine ? À qui adresserait-il cette rĂ©plique, si vous Ă©tiez metteur en scĂšne ? Pourquoi est-elle encadrĂ©e par des blancs ? Une crise perso qui crĂ©e une crise familiale, ça te rappelle quelque chose ? C’est exactement ce que vit Louis dans la piĂšce de Jean-Luc Lagarce ! Pour y voir plus clair, voilĂ  Juste la fin du monde rĂ©sumĂ© pour ton bac de français. C’est parti 🚀 Juste la fin du monde Lagarce PrĂ©sentation Fiche d’identitĂ© 🔍 AuteurJean-Luc Lagarce Date1990 GenreThéùtre Structure2 parties, 1 prologue, 1 intermĂšde et 1 Ă©pilogue Principales mises en scĂšneFrançois Berreur 2007, Michel Raskine 2008 L’Ɠuvre et son auteur ⭐ Sa vie Jean-Luc Lagarce consacre trĂšs tĂŽt sa vie au théùtre. Il ne tient pas en place ! Alors qu’il Ă©tudie au Conservatoire des arts dramatiques, il fonde avec des potes une compagnie de théùtre, “Le Théùtre de la Roulotte”. Pour crĂ©er ses propres piĂšces, il puise son inspiration chez les grands dramaturges qu’il met en scĂšne. Retrouve par exemple PhĂšdre de Racine 1982La Cantatrice Chauve de Ionesco 1991Le Malade Imaginaire de MoliĂšre 1993L’Île des esclaves de Marivaux 1994 👉 Surprise, son rĂ©pertoire est plein d’Ɠuvres que t’étudies au bac. CoĂŻncidence ? Pas sĂ»r ! À lire aussi ⭐ Son Ɠuvre De son vivant, il est uniquement reconnu comme metteur en scĂšne. C’est seulement aprĂšs sa mort en 1995 que la critique salue ses Ɠuvres. C’est la moindre des choses quand on sait qu’il a Ă©crit plusieurs dizaines d’Ɠuvres théùtre, essais, roman et mĂȘme scĂ©nario de cinĂ© ! Aujourd’hui c’est encore l’auteur contemporain le plus jouĂ©. Son Ă©criture est caractĂ©risĂ©e par le mĂ©lange des genres Une Ă©criture lyrique, trĂšs poĂ©tique, qui doit beaucoup au théùtre classique de Racine. Des personnages qui vivent ou veulent vivre des drames dignes des plus grandes tragĂ©dies antiques. On reconnaĂźt par lĂ  le théùtre du dĂ©but du XXe siĂšcle comme celui de Jean Genet Les Bonnes, 1947Une Ă©criture ironique et trĂšs directe qui dĂ©dramatise le rapport Ă  la maladie, Ă  l’attente ou Ă  la mort. Un style tirĂ© tout droit du théùtre de l’absurde, comme chez Beckett ou Ionesco. 👉 Sa touche perso ses piĂšces traitent de la difficultĂ© Ă  parler de soi et de son intimitĂ©. S’il en parle si bien, c’est qu’il est entiĂšrement confrontĂ© Ă  cette Ă©preuve. Il apprend en 1988 qu’il est malade du sida et qu’il n’a plus beaucoup d’annĂ©es Ă  vivre. Il va bientĂŽt devenir remarquable de ne pas avouer’ qu’on l’a. J’ai le sida, et je l’ai dit publiquement, ou plutĂŽt je n’ai pas cherchĂ© Ă  le cacher. Mais je n’ai rien avoué’. J-L Lagarce Entretien avec Lucien Attoun, 04/09/1995 En 1990, il part pendant trois mois Ă  Berlin pour imaginer un double de lui-mĂȘme, un malade devant annoncer Ă  sa famille qu’il va bientĂŽt mourir. C’est le sujet de Juste la fin du monde ! 💡 Le cycle du théùtre de l’intime Cette piĂšce ouvre un cycle de trois Ɠuvres Juste la fin du monde 1990 J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne 1994 Le Pays lointain 1995 À lire aussi Personnages đŸ‘Ș 📌 Louis Écrivain de 34 ans, il rend visite Ă  sa mif aprĂšs 12 ans sans avoir donnĂ© de news pour annoncer qu’il est malade du sida et qu’il va bientĂŽt mourir. Solitaire, il s’efface derriĂšre les autres personnages tout en Ă©tant au centre de l’attention. C’est un peu le brun tĂ©nĂ©breux de sĂ©rie mais qui a une vraie raison d’ĂȘtre torturĂ©. 📌 Antoine C’est le p’tit reuf de Louis. Entre les deux frĂšres, c’est la haine ! Il a 32 ans, une femme et deux enfants. Depuis petit, il est colĂ©rique et cherche toujours la baston. Pourtant, c’est lui qui est le plus proche du reste de la famille. Tu captes au fil de la piĂšce qu’il encaisse la souffrance causĂ©e par l’absence de son aĂźnĂ©. 📌 Catherine C’est la meuf d’Antoine. Elle est un peu cheloue elle parle beaucoup pour ne rien dire et augmente le malaise qui rĂšgne au sein de la famille. 📌 Suzanne Elle a 23 ans et connaĂźt trĂšs peu son frĂšre, parti quand elle avait 6 ans. Elle veut prendre sa libertĂ© mais elle se sent obligĂ©e de combler le vide causĂ© par Louis en restant chez leur daronne. 📌 La mĂšre Veuve de 61 ans. Elle ne vit plus vraiment depuis la mort de son mari et le dĂ©part de Louis. On la connaĂźt seulement par son rĂŽle de mĂšre de famille. Elle nĂ©glige Antoine et Suzanne, qu’elle fait toujours passer derriĂšre les deux figures absentes. Juste la fin du monde rĂ©sumĂ© 📋 Prologue ⏳ 💡 Fais gaffe ! Louis parle tout seul sur les planches c’est un monologue. Les autres personnages sont prĂ©sents mais inactifs ils ont la posture du chƓur théùtral. Le spectateur ne sait pas s’il est face aux pensĂ©es inavouĂ©es du personnage ou s’il est mis dans une confidence faite Ă  voix haute Louis est le narrateur de sa propre histoire. Le jeune homme explique qu’il est de retour dans la maison de sa mĂšre oĂč il a grandi avec son frĂšre et sa sƓur. Il parle oklm de sa mort imminente, comme s’il gĂ©rait complĂštement la situation. Il a tout prĂ©vu rester le dimanche, leur annoncer les derniĂšres news au cours du repas de famille, puis reprendre son train le soir. Tu t’en doutes, ça ne se passe pas tout Ă  fait comme ça. Partie 1 Les 11 scĂšnes reconstituent le passĂ© de la famille, troublĂ© par l’absence du fils aĂźnĂ©. Comme ça fait 12 ans qu’il n’est pas venu, il dĂ©barque dans un endroit qu’il ne connaĂźt pas et l’ambiance est hyper reloue. Certaines situations sont mĂȘme un peu wtf. Alors qu’il doit annoncer sa mort, il se retrouve assis sur le canap’ Ă  Ă©couter Catherine lui parler de sa life ses gosses, sa routine de couple avec Antoine gĂȘnant. Quand on connaĂźt Louis et sa fame d’écrivain, les autres persos semblent ultra boring. 💡 Une piĂšce-paysage Les scĂšnes ne se suivent pas de façon logique. Entre chaque sĂ©quence, le narrateur commente ce qui vient de se passer. Il reprend sa place de main character et essaye de contrĂŽler la suite de l’histoire. Tu le vois dans cette partie, qui compte 4 monologues Louis aux scĂšnes 5 et 10 Suzanne scĂšne 3 La MĂšre scĂšne 8 Entre ces scĂšnes banales, Louis prend cher en reproches ! S’il pensait qu’il pourrait revenir comme si rien ne s’était passĂ©, c’est ratĂ©. Personne ne comprend rien ni pourquoi il est parti ni pourquoi il revient. Tout ça donne raison Ă  son attitude de mec incompris, mal-aimĂ© et seul contre tous. 👉 Suzanne aurait souhaitĂ© qu’il la prĂ©vienne de sa venue. 👉 Antoine ne comprend pas du tout pourquoi il est de retour. 👉 La MĂšre Ă©voque la vie familiale avant la mort de son mari, comme si rien ne s’était passĂ© depuis. Elle essaye d’expliquer le malaise qui rĂšgne entre les membres de la famille, mais galĂšre Ă  trouver ses mots. La situation finit par ĂȘtre super frustrante pour le spectateur qui connaĂźt toutes les rĂ©ponses aux questions des personnages. Au lieu de leur rĂ©pondre, Louis s’adresse Ă  nouveau au public pour justifier son retour I,5. Il avoue ĂȘtre parti d’ici pour fuir la maladie. Depuis, il pense que sa famille l’aime moins qu’avant. Il se croit aussi en over control de la mort I,10. IntermĂšde Pendant 9 scĂšnes, les membres de la famille ont un vrai problĂšme pour communiquer ! La mĂšre cherche ses trois enfants dans toute la maison. Dans la derniĂšre scĂšne, elle avoue avoir eu peur que son fils soit de nouveau parti sans le dire. Aux scĂšnes 2 et 5, Suzanne et Catherine demandent des comptes Ă  Antoine sur sa dispute avec Louis. La mif devient un cadre ultra oppressant oĂč tout se sait et tout s’interprĂšte sans que personne se comprenne. 🎧 Écoute vite le dĂ©but de Juste la fin du monde analysĂ© sur France Culture ! đŸ”„ Regarde comment faire une fiche de lecture parfaire Partie 2 Elle s’ouvre sur un retournement de situation Louis voit qu’il n’arrive pas Ă  faire son aveu et dĂ©cide de partir sans rien dire. Les personnages surrĂ©agissent le conflit familial Ă©clate ! ⭐ ScĂšne 1 Dans un monologue, le narrateur annonce son dĂ©part. Il constate qu’Antoine ne cherche pas Ă  le retenir et y voit le signe qu’il ne l’aime pas. ⭐ ScĂšne 2 Flash-Back sur le gros clash entre les 2 frĂšres. D’un cĂŽtĂ©, Antoine propose Ă  son frĂšre de le raccompagner. De l’autre, Suzanne essaye de retarder le moment oĂč il partira. Elle semble avoir l’intuition qu’il part pour toujours. SaoulĂ© du comportement de Suzanne, Antoine lui parle trop mal. Sa femme lui dit d’arrĂȘter d’ĂȘtre “brutal”. Il pĂšte un cĂąble sur tout le monde avant de se calmer d’un coup. À ce moment, il prend la place du personnage principal jusqu’à la fin de la piĂšce. Son impulsivitĂ© lui rappelle des souvenirs d’enfance, qu’il dĂ©balle. Il explique comment la position de victime adoptĂ©e par son aĂźnĂ© lui a fait prendre la place du persĂ©cuteur pendant leurs bagarres. ⭐ ScĂšne 3 C’est le premier monologue d’Antoine. Il parle des raisons de sa haine envers Louis. À force que son reuf se plaigne de ne pas ĂȘtre aimĂ©, il s’est mis Ă  culpabiliser et Ă  ne plus jamais se plaindre. RĂ©sultat ses darons l’ont complĂštement nĂ©gligĂ©. 💡 L’ironie dramatique Pendant cette partie, tu dois ressentir une Ă©norme frustration. Antoine reproche Ă  son frĂšre de continuer Ă  faire sa drama queen. Mais toi, tu sais qu’il souffre vraiment ! C’est l’ironie dramatique. En tant que spectateur, on est au courant de toute la life des persos. Le suspens n’est pas de savoir ce qui va se passer, mais quand ce que tu redoutes va arriver. À lire aussi Épilogue ⌛ Louis est mort et fait part de son seul regret. Spoiler ça n’a rien Ă  voir avec ses relations familiales. Il raconte une balade nocturne Ă  cĂŽtĂ© d’une voie ferrĂ©e. Il a voulu s’arrĂȘter pour pousser un dernier “grand et beau cri” mais ne l’a pas fait. 🎧 La lecture et l’analyse de la fin de Juste la fin du monde sur France Culture ! Juste la fin du monde analyse 🧐 Si t’es amenĂ© Ă  aborder en dissertation Juste la fin du monde ou que tu tombes dessus Ă  l’oral du bac, lis cette explication. La crise sous toutes ses formes 💡 Le savais-tu ? Une “crise” c’est bien un moment de galĂšre. Mais il y a de multiples façons de la vivre. Comment la repĂšres-tu ? La rĂ©ponse dans l’étymologie du mot ! Sa racine, l’indo-europĂ©en “krei” juger, passer au crible. En grec, “ÎșρÎčÎč” c’est la facultĂ© ou la difficultĂ© de se distinguer par son action. Il y a une idĂ©e de sĂ©paration par rapport Ă  un Ă©tat antĂ©rieur. En latin, la crisis c’est l’assaut de la nature, renvoyant Ă  quelque chose de brutal et d’inattendu. On le retrouve aussi dans le terme cenere qui veut dire dĂ©cider. Retrouves toutes ces formes dans la piĂšce de Jean-Luc Lagarce. ✅ Le jugement En revenant, Louis fait tout de suite face au jugement des autres membres de sa mif ! Dans le prĂ©nom “Louis” on entend d’ailleurs les mĂȘmes sonoritĂ©s que dans le pronom “lui” tous le pointent du doigt. 👉 RepĂšre dans le texte les mots du jugement “procĂšs”, “crimes” II,1, “m’accuser”, “m’accable”, “droit”, “juste”, “coupable”
 Observe aussi la structure de la piĂšce. Suzanne commence I,3 et la tension monte ensuite jusqu’au jugement final donnĂ© par Antoine II,3 le conflit arrive Ă  son paroxysme avant de se rĂ©soudre. Louis encaisse sans jamais rien dire, car il est conscient de sa culpabilitĂ©. Il est sacrifiĂ© par sa famille. 💡 La scĂšne culte ! Le jugement de Suzanne I,3 “Lorsque que tu es parti -je ne me souviens pas de toi- je ne savais pas que tu partais pour tant de temps, je n’ai pas fait attention, je ne prenais pas garde, je me suis retrouvĂ©e sans rien. [
] Ce n’est pas bien que tu sois parti, parti si longtemps, ce n’est pas bien et ce n’est pas bien pour moi et ce n’est pas bienpour elle elle ne te le dira pas” ✅ La difficultĂ© Ă  parler Le théùtre repose sur une action Ă  accomplir. Ici, Louis doit avouer sa mort. Juste la fin du monde mobilise le registre tragique. La crise n’est pas la consĂ©quence de l’action mais le fait qu’elle ne s’accomplit jamais. 👉 À la fin, il repart sans avoir rien dit vers la fin de la journĂ©e, / sans avoir rien dit de ce qui me tenait Ă  cƓur / je repris la route. 💡 La scĂšne culte ! DĂšs le prologue, le spectateur perçoit que l’action ne se passera pas comme elle est annoncĂ©e. “LOUIS. -Plus tard, l’annĂ©e d’aprĂšs [
] comme on ose bouger parfois, Ă  peine, devant un danger extrĂȘme, imperceptiblement, sans vouloir faire de bruit ou commettre un geste trop violent qui rĂ©veillerait l’ennemi et vous dĂ©truirait aussitĂŽt. [
] je dĂ©cidai de retourner les voir, revenir sur mes pas, aller sur mes traces et faire le voyage, pour annoncer lentement, lentement, avec soin, avec soin et prĂ©cision -ce que je crois-” Note bien 👆 Le champ lexical du “risque” il hĂ©site Ă  annoncer sa tirets ce qu’il croit » est diffĂ©rent de ce qui va se passer rĂ©ellement. ✅ Le cri une parole inattendue L’assaut inattendu est incarnĂ© par le personnage d’Antoine. Il se rĂ©vĂšle de façon “brutale”II,2. C’est sa parole qui surgit Ă  la place de celle de Louis. Il rĂ©sout le conflit prĂ©sent au sein de la fratrie. La scĂšne 3 de la partie 2 en donne enfin une explication au conflit. Le silence doit aussi ĂȘtre rompu par Antoine qui, depuis l’enfance, s’efface derriĂšre son grand frĂšre. Je devais faire moins de bruit, te laisser la place, ne pas te contrarier / et jouir du spectacle apaisant enfin de ta survie lĂ©gĂšrement prolongĂ©e ✅ Le choix de Louis Pour que la crise soit rĂ©solue, le personnage qui doit accomplir l’action, Louis, doit en ĂȘtre le maĂźtre. Au cours de la piĂšce il reste pourtant passif et ne maĂźtrise pas ses propres paroles. Ça se voit dĂšs le prologue oĂč il ne trouve pas le mot juste pour dĂ©finir son action. Les Ă©panorthoses le fait de reprendre ses mots le montrent bien. Pour annoncer, / dire, / seulement dire, /ma mort prochaine et irrĂ©mĂ©diable, / l’annoncer moi-mĂȘme, en ĂȘtre l’unique messager À partir de la partie 2, c’est Antoine qui lance et accomplit l’action. Le choix de Louis est alors de se sacrifier. Son histoire, c’est finalement celle d’une non-action. De la crise personnelle Ă  la crise familiale ⭐ La crise personnelle Louis a dĂ©jĂ  traversĂ© ses interrogations face Ă  la mort. Son retour dans sa maison natale est la rĂ©solution de cette premiĂšre crise. 💡 La scĂšne culte ! IntermĂšde, scĂšne 10. Il revient dans sa maison dans une posture passive. Il sait qu’il s’apprĂȘte Ă  vivre son jugement dernier, comme s’il se considĂ©rait dĂ©jĂ  mort. “Ce “à quoi bon” me ramena Ă  la maison, m’y renvoya, [
] Je reviens et j’attends. Je me tiendrai tranquille maintenant, je promets, je ne ferai plus d’histoires, digne et silencieux, ces mots que l’on emploie. Je perds. J’ai perdu” C’est finalement le jugement de sa famille qui est l’action de la piĂšce. Face Ă  eux, il ne peut plus parler ! MĂȘme le cri, c’est Antoine qui le donne Ă  sa place. Dans l’épilogue, il explique que son regret est de ne pas avoir poussĂ© de “grand et beau cri”. âŻïž Mate la bande-annonce de Juste la fin du monde adaptĂ© par Xavier Dolan ⭐ La crise familiale La piĂšce ne se termine pas sur le regret de ne pas avoir annoncĂ© sa mort. La crise familiale son jugement dernier est la condition de la rĂ©solution de sa crise personnelle son rapport Ă  la mort. Tu es face Ă  une mĂ©taphore biblique Le mythe de CaĂŻn et Abel Dans la premiĂšre partie de la piĂšce, on pense qu’Antoine est jaloux d’ĂȘtre dĂ©laissĂ© face Ă  son aĂźnĂ©. Ce serait CaĂŻn dans le mythe biblique. Il tue Abel car Dieu a choisi son offrande et non la sienne. Tu me touches, je te tue. Le fils prodigue Un jeune homme qui quitte sa mif, revient demander pardon aprĂšs une vie de dĂ©bauche et suscite la jalousie de son frĂšre, ça te parle ? Cette parabole pose la question du pardon. Le pĂšre explique “il fallait bien s’égayer et se rĂ©jouir, parce que ton frĂšre que voici Ă©tait mort et qu’il est revenu Ă  la vie, parce qu’il Ă©tait perdu et qu’il est retrouvĂ©.” La figure du pĂšre est incarnĂ©e ici par celle de la mĂšre. Elle ne reproche rien directement Ă  son fils. Partie 3, scĂšne 8, elle lui dĂ©crit le bonheur qu’ils pourraient vivre en Ă©tant rĂ©unis. Le retour de Louis fait surgir cette nouvelle possibilitĂ©. Avant qu’il revienne, il Ă©tait comme mort pour elle. En imaginant ces instants de bonheur familial, elle le fait revivre. On comprend mieux que Louis n’ait pas la force de lui dire qu’il va rĂ©ellement mourir ! 💡 La scĂšne culte “ LA MÈRE -Ils voudraient tous deux que tu sois plus lĂ , plus prĂ©sent, plus souvent prĂ©sent, qu’ils puissent te joindre, t’appeler, se quereller avec toi et se rĂ©concilier [
] Tu as quel Ăąge ? Quel Ăąge est-ce que tu as, aujourd’hui ? LOUIS. -Moi ? Tu demandes ? J’ai trente-quatre annĂ©es. LA MÈRE. –Trente-quatre annĂ©es. Pour moi aussi, cela fait trente-quatre annĂ©es. Je ne me rends pas compte Ça fait beaucoup de temps ?” VoilĂ , t’as maintenant toutes les clefs pour parler comme un pro de la piĂšce ! À toi de jouer 🚀 Juste la fin du monde est une Ɠuvre théùtrale Ă©crite par Jean-Luc Lagarce en 1990 Ă  Berlin. Traduite en plusieurs langues, l’histoire de Juste la fin du monde est Ă©mouvante et passionnante. Les dialogues sont minutieux et prĂ©cis. L’auteur Jean-Luc Lagarce a bien fait d’écrire cette piĂšce pour ouvrir les yeux de l’humanitĂ©. Une Ɠuvre qui vous donne une rĂ©flexion profonde sur votre existence. Alors, si l’histoire vous intĂ©resse, voici un rĂ©sumĂ© de Juste la fin du monde. RĂ©sumĂ© de juste la fin du monde Louis, un homme de trente-quatre ans qui est Ă  l’aube de la mort comme il a peur. Louis prĂ©tend toujours que personne ne l’aime et ne s’occupe pas de lui, ne s’intĂ©resse pas Ă  lui, alors que c’est tout Ă  fait le contraire. Sa mĂšre est toujours lĂ  pour lui et se fait des soucis Ă  son Ă©gard. Pour ses frĂšres et sƓurs, ils se prĂ©occupent de leur vie, mais n’ont pas du tout cette attitude de rejet envers Louis. En dĂ©pit de sa peine, il a quittĂ© sa famille pour dĂ©mĂ©nager dans sa zone de confort, non loin de sa famille. Sa vie bouscule en apprenant qu’il est sĂ©ropositif. Tout tourne autour de lui et ne sait pas oĂč mettre les pieds. Alors, aprĂšs une longue absence ponctuĂ©e de petites lettres, de cartes postales, durant une ultime visite, il dĂ©cide de retrouver sa famille. Il annonce premiĂšrement Ă  sa mĂšre qu’il va bientĂŽt mourir. En effet, Louis est dĂ©sespĂ©rĂ© que les choses ne soient pas comme il le souhaitait. Il dit Ă  sa mĂšre qu’il se sent seul et perdu. Il a peur de la mort. Les autres membres de la famille lui reprochent son attitude. Cependant, sa mĂšre est triste et voudrait qu’il lui rende visite plus tĂŽt. Quant Ă  sa sƓur Suzanne, elle lui reproche Ă©galement de ne pas l’avoir dit sur sa visite. En effet, Louis pense que l’atmosphĂšre est encore conflictuelle et dĂ©cide de partir sans rĂ©vĂ©ler Ă  ses proches sa visite. Dans la famille, les tensions ne s’apaisent pas mĂȘme en cas d’absence de Louis. Chacun Ă©met quelques reproches aux autres tout en faisant rĂ©fĂ©rence au passĂ©. Par exemple, Catherine souligne qu’Antoine est un garçon brutal et qui dĂ©clenche une colĂšre sans vouloir expliquer les choses. Dans la scĂšne, Suzanne ne cesse de s’approcher de Louis pour lui faire part de ses sentiments. MalgrĂ© le rejet de Louis, elle espĂšre toujours un changement venant de son frĂšre. Quand elle apprend la nouvelle, elle est sans voix et se fond en larmes. Tout cela montre Ă  quel point la vie de son frĂšre de sang est si forte, plus forte que tout malgrĂ© le sentiment de Louis. Quand la nouvelle est annoncĂ©e, sa mĂšre s’est Ă©tonnĂ©e et lui apporte du courage. En effet, cette mauvaise nouvelle a fait tisser un fort lien avec son fils. MalgrĂ© l’attitude de Louis, sa mĂšre n’a pas pu empĂȘcher d’en parler avec ses frĂšres et sƓurs malgrĂ© le silence de Louis. Antoine est Ă©galement celui qui le comprend vraiment. C’est un ouvrier qualifiĂ© dans son travail. Il manie et contrĂŽle parfaitement les machines et outils. De par ses compĂ©tences et son savoir-faire, il est devenu un syndicaliste. C’est une bonne personne. Il est toujours optimiste et n’envisage aucun doute sur l’avenir. Tout le monde l’adore, car c’est quelqu’un d’honnĂȘte et gĂ©nĂ©reux. Il reprĂ©sente en tout le monde finissant. Vis-Ă -vis de son frĂšre, il ne lui reproche rien et reste quelqu’un comprĂ©hensif. Entre autres, Louis essaye de corriger ses erreurs et tente de rectifier ses mauvaises pensĂ©es, ses gestes, ses sentiments et ses prĂ©jugĂ©s. Il Ă©voque ses sentiments qu’il n’a pas saisi la chance d’ĂȘtre heureux. Avec un effort incroyable, il arrive enfin Ă  cerner que la vie est si courte et que la solitude ne lui avance Ă  rien, plus prĂ©cisĂ©ment le fait de s’éloigner de sa famille n’est pas du tout un remĂšde Ă  sa situation. Avec le temps, il a pu connaĂźtre ce qui est prĂ©cieux dans la vie et c’est la famille. En parallĂšle, sa famille a tendu sa main pour lui apporter un soutien et un accompagnement dans sa vie. Peu importe le mĂ©pris Ă  leur Ă©gard, les prĂ©jugĂ©s et les moqueries de Louis, sa famille a toujours espĂ©rĂ© qu’il se change jour. Sans connaissance de sa maladie, elle n’a cessĂ© de lier le lien entre son frĂšre et lui. En tout, l’amour et l’appui de sa famille ont fait raviver le cƓur de Louis qui est tombĂ© dans une grande dĂ©pression. Les personnages dans Juste la fin du monde Les personnages dĂ©crits par Jean-Luc Lagarce dans Juste la fin du monde jouent tous un rĂŽle important dĂ©montrant son identitĂ© et sa personnalitĂ© envers l’acteur principal. PremiĂšrement, la mĂšre de Louis est une femme dynamique, humble et serviable. Éduquer ses enfants est sa prioritĂ©. Elle n’a pas vraiment fait des Ă©tudes, mais ne possĂšde qu’un simple certificat. Elle occupe divers postes. Une ouvriĂšre auparavant et ensuite, elle est femme de mĂ©nage. Elle aime s’occuper de son foyer et se sacrifie pour nourrir ses enfants. C’est une femme forte et battante. Avec sa retraite, elle vit maintenant une vie modeste. Son centre d’intĂ©rĂȘt c’est sa famille. La rĂ©ussite et l’épanouissement de ses enfants sont ses prioritĂ©s. Ses frĂšres et sƓurs possĂšdent des personnalitĂ©s diffĂ©rentes. En effet, chacun a son propre caractĂšre et ses centres d’intĂ©rĂȘt. Ils pensent que Louis s’est Ă©cartĂ© d’eux parce que c’est son choix. Or, Louis se sent rejetĂ© et mal aimĂ© par sa famille. Pour les autres Ă  part Antoinne, la vie continue malgrĂ© l’absence de Louis. Toutefois, ils pensent que son frĂšre est de nature invivable et que c’est mieux qu’il parte s’il n’est pas heureux avec sa famille. Son dĂ©part n’a pas du tout eu un grand impact dans leur vie. En tout, ils pensent que le temps rĂ©parera tout et ils espĂšrent seulement que son bien. Bref, Juste la fin du monde est l’une des piĂšces les plus Ă©coutĂ©es au théùtre. Le rĂ©sumĂ© de Juste la fin du monde vous donne un aperçu de la scĂšne intĂ©grale. Le contexte du titre manifeste la modification de la tonalitĂ© de l’Ɠuvre. En fait, l’optimiste esquissĂ©e fait place Ă  un sentiment tragique, la fin de son monde. Il tente de se racheter et de donner un amour Ă  sa famille. C’est la derniĂšre chose qu’il souhaite avant que tout s’écroule. En tout, l’auteur Jean-Luc Lagarce de l’Ɠuvre Juste la fin du monde souligne que cette vie a une finalitĂ© et que personne n’y Ă©chappe. Sur ce, il faut faire le bien et donner autant d’amour que possible pour ne pas se regretter un jour. 1Écrite Ă  Berlin dans le cadre d’une bourse d’écriture de la villa MĂ©dicis hors les murs, Juste la fin du monde, semble ĂȘtre le fruit d’un travail acharnĂ© et difficile, ainsi qu’on peut le lire dans le Journal, par exemple le 26 mai 1990 1 Journal, 1977-1990, tome i, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2007, p. 543. Nous soulignons. J’ai un peu avancĂ© sur Quelques Ă©claircies que je songe Ă  rebaptiser Juste Ă  la fin du monde. [
] Et puis, je bute Ă  nouveau, je pense qu’il y a lĂ  quelque chose d’important, tout prĂšs que je n’arrive pas Ă  atteindre. C’est la premiĂšre fois que je prends les choses avec autant de clairvoyance ceci dit. Ce n’est pas bien, je recommence, je recommence. AppliquĂ©. Trop ?1 2 Ces brouillons, conservĂ©s Ă  l’imec, numĂ©risĂ©s Ă  la mshe Claude Nicolas Ledoux, sont consultables s ... 2De ce travail fait de recommencements, de réécritures, d’essais et d’impasses, on pourrait s’attendre Ă  ce qu’il nous reste de nombreuses traces. Mais, paradoxalement, ces brouillons, ceux en tout cas qui sont parvenus jusqu’à nous, sont assez peu nombreux, ou se rĂ©vĂšlent lacunaires2. 3 Dans la section Brouillons et versions du texte » que nous reproduisons ici, on trouve Ă©galement ... 3Ainsi, sur le site d’archives numĂ©riques fanum, on trouve diffĂ©rents brouillons, classĂ©s essentiellement selon trois moments d’écriture distincts. Au sein de ceux-ci, on distingue principalement trois tapuscrits paginĂ©s – trois versions » – qui sont des Ă©bauches de la piĂšce dans son ensemble. Ces trois versions sont le plus souvent accompagnĂ©es de brouillons de scĂšnes qui appartiennent ou semblent appartenir au mĂȘme moment d’écriture que la version du texte qu’ils accompagnent. Nous reproduisons ci-dessous l’arborescence visible sur le site3 4 Nous soulignons, en italiques, les trois tapuscrits paginĂ©s qui constituent les trois versions d’e ... Brouillons et versions du texte‱ PremiĂšre version-PremiĂšre version‱ Seconde version-PremiĂšre version des p. 24 et 25-PremiĂšre version des p. 30-32-Seconde version des p. 30-32-Plan paginĂ© du prologue, de la premiĂšre partie et de l’intermĂšde-Version d’ensemble non achevĂ©e-Nouvelle esquisse pour la scĂšne 18‱ TroisiĂšme version-PremiĂšre version de la p. 43-PremiĂšre version des p. 46-48-Version dĂ©finitive et complĂšte de l’Ɠuvre4 4La premiĂšre version du texte, qui compte vingt-trois pages, est inachevĂ©e, mais est assez proche de ce que sera la structure finale de la premiĂšre partie de la piĂšce publiĂ©e. 5La deuxiĂšme version comporte 34 pages et est inachevĂ©e elle aussi. Elle est accompagnĂ©e de brouillons de scĂšnes appartenant Ă  ce deuxiĂšme moment d’écriture mais antĂ©rieures Ă  la version de 34 pages une premiĂšre version de la scĂšne onze qui prendra place aux pages 24 et 25 du tapuscrit, et deux versions des pages 30 Ă  32, concernant les scĂšnes 13 Ă  15, qui seront modifiĂ©es et amplifiĂ©es aux pages 30 Ă  34 dans le tapuscrit pour donner les scĂšnes 13 Ă  18 de l’intermĂšde. AprĂšs ces trois premiers brouillons se trouve un plan paginĂ© du prologue, de la premiĂšre partie et de l’intermĂšde – la deuxiĂšme partie et l’épilogue sont absents de ce plan. Enfin, un dernier brouillon accompagne le tapuscrit de 34 pages il s’agit d’une autre page 34, sur laquelle figure une autre scĂšne 18. Cette page 34 apparaĂźt comme une sorte d’alternative, un autre choix d’écriture possible, sans que nous puissions dĂ©terminer lequel Ă  ce moment-lĂ  avait la prĂ©fĂ©rence de l’auteur. 6La troisiĂšme version, enfin, est achevĂ©e et est quasiment identique Ă  la version publiĂ©e seule la numĂ©rotation des scĂšnes, qui sera modifiĂ©e par l’éditeur, et quelques corrections de langue, diffĂšrent. Cette troisiĂšme version est accompagnĂ©e par deux brouillons de scĂšnes une page numĂ©rotĂ©e 43 qui est une esquisse de la future scĂšne 19 de l’intermĂšde et les pages numĂ©rotĂ©es 46 Ă  48, qui constituent, elles, un premier Ă©tat de la scĂšne 23 de la deuxiĂšme partie. 7Dans l’ensemble de ces brouillons, l’intermĂšde occupe une place singuliĂšre en effet, cinq des brouillons isolĂ©s qui accompagnent les trois versions de la piĂšce concernent cette sĂ©quence. Ainsi, les deux versions des pages 30 Ă  32 sont des brouillons des scĂšnes 13 Ă  15 de l’intermĂšde ; l’esquisse pour la scĂšne 18 propose une alternative Ă  la scĂšne 18 de l’intermĂšde prĂ©sente dans la deuxiĂšme version ; la page 43, accompagnant la troisiĂšme version, prĂ©sente un brouillon de la scĂšne 19 de l’intermĂšde ; enfin, le plan paginĂ©, accompagnant la deuxiĂšme version, mentionne pour la premiĂšre fois l’intermĂšde. Sur les cinq sĂ©quences qui structureront au final Juste la fin du monde, l’intermĂšde est celle dont nous disposons dans les archives du plus grand nombre de versions des scĂšnes qui la composeront. 5 On ne retrouve pas dans les archives, par exemple, un document Ă©voquĂ© par Jean-Pierre Thibaudat Ă  ... 8Il est certain, au vu des incessants recommencements dont Jean-Luc Lagarce parle dans son Journal, qu’un grand nombre de brouillons de la piĂšce ont Ă©tĂ© dĂ©truits, sans doute par l’auteur lui-mĂȘme. Il est possible Ă©galement que des brouillons aient Ă©tĂ© Ă©garĂ©s aprĂšs la mort de l’auteur5. NĂ©anmoins, quand bien mĂȘme cette forte prĂ©sence de brouillons concernant l’intermĂšde ne serait due qu’aux hasards de la transmission, d’autres Ă©lĂ©ments semblent indiquer que l’intermĂšde a malgrĂ© tout occupĂ© une place singuliĂšre dans le processus d’écriture de Juste la fin du monde. 9En effet, nous le disions plus haut, les deux premiĂšres versions de la piĂšce sont inachevĂ©es mais toutes les deux s’arrĂȘtent au niveau des scĂšnes de l’intermĂšde. En outre, on peut remarquer que, de version Ă  version, l’intermĂšde est la partie qui connait le plus de modifications en termes d’ajout, de suppression ou de dĂ©placement de scĂšnes. Il pourrait donc sembler, Ă  premiĂšre vue, que les scĂšnes de l’intermĂšde aient pu constituer un moment de blocage, un point nodal en tout cas, dans le processus d’écriture. 10Le prĂ©sent article s’attachera donc Ă  suivre le fil des diffĂ©rentes versions des scĂšnes de l’intermĂšde, afin de comprendre si la place singuliĂšre qu’elles occupent dans les brouillons indique que cette sĂ©quence a constituĂ© un moment charniĂšre dans le processus d’écriture de la piĂšce. DĂšs lors, le cheminement d’écriture que notre analyse dĂ©gagera permettra peut-ĂȘtre de nous Ă©clairer sur le processus global de l’écriture du Juste la fin du monde. Les diffĂ©rents Ă©tats de l’intermĂšde 11Avant de relever et d’analyser les modifications entre les diffĂ©rentes versions des scĂšnes de l’intermĂšde, nous proposons de distinguer quatre Ă©tats diffĂ©rents de ces scĂšnes, afin, notamment, de rendre plus lisible la prĂ©sente Ă©tude voir aussi le tableau reproduit p. 50. L’état 1 12Le premier Ă©tat des scĂšnes de l’intermĂšde correspond aux pages 19 Ă  23 de la premiĂšre version du texte. Ces pages comportent quatre scĂšnes, numĂ©rotĂ©es Ă  la main de 12 Ă  15. Cette premiĂšre version ne comporte pas encore de structure en cinq parties et les quatre scĂšnes des pages 19 Ă  23 n’apparaissent donc pas comme une sĂ©quence sĂ©parĂ©e des scĂšnes qui les prĂ©cĂšdent. Notons que cet Ă©tat 1 est particuliĂšrement dense en termes d’annotations et de corrections manuscrites. L’état 2A 13Nous proposons de rĂ©unir sous le nom d’état 2A les deux premiĂšres versions des pages 30 Ă  32. Ces pages prĂ©sentent deux fois les mĂȘmes scĂšnes et connaissent entre elles peu de variations. Cet Ă©tat semble constituer un point intermĂ©diaire important entre l’état de l’intermĂšde dans la premiĂšre version et son Ă©tat dans la deuxiĂšme version. Par rapport Ă  l’état 1, le nombre de scĂšnes a Ă©tĂ© rĂ©duit de quatre Ă  trois, et leur numĂ©rotation dĂ©bute dĂ©sormais Ă  13. Le plan paginĂ© du prologue, de la premiĂšre partie et de l’intermĂšde reproduit cette version de l’intermĂšde et leur pagination. L’état 2B 14L’état 2B correspond aux pages 30 Ă  34 de la deuxiĂšme version de Juste la fin du monde. Il reprend et amplifie l’état 2A, et comporte dĂ©sormais six scĂšnes, numĂ©rotĂ©es de 13 Ă  18, soit le double du nombre de scĂšnes prĂ©sentes dans l’état 2A. On peut noter la prĂ©sence de deux pages 34. Sur la premiĂšre est Ă©crite une scĂšne 18 s’intĂ©grant Ă  la suite des autres scĂšnes de l’intermĂšde, tandis que la seconde prĂ©sente elle aussi une scĂšne dix-huit, mais prĂ©cĂ©dĂ©e de la mention deuxiĂšme partie ». La prĂ©sence de ces deux pages 34 semble indiquer une forme d’indĂ©cision, d’hĂ©sitation, en tout cas de recherche, sur les derniĂšres scĂšnes de l’intermĂšde et le dĂ©but de la seconde partie. L’état 3 15Enfin, le quatriĂšme et dernier Ă©tat de l’intermĂšde se trouve aux pages 39 Ă  44 de la troisiĂšme version de la piĂšce. Il comporte neuf scĂšnes, donc trois de plus que l’état 2B. Nous choisissons, pour plus de clartĂ©, d’intĂ©grer dans cet Ă©tat 3 la page isolĂ©e numĂ©rotĂ©e 43, esquisse de la scĂšne 19, et se rattachant Ă  la troisiĂšme version quoiqu’antĂ©rieure Ă  elle. Cet Ă©tat 3 est quasiment identique Ă  la version finale. Un changement net d’orientation au cours de l’écriture Des corrections initiales qui visent Ă  crĂ©er de la continuitĂ© 16L’état 1 de l’intermĂšde prĂ©sente un premier rĂ©gime de modifications il s’agit des notes manuscrites qui corrigent, dĂ©veloppent, ou suppriment certains passages du tapuscrit. Quatre rĂ©pliques sont ainsi ajoutĂ©es Ă  la main au dĂ©but de la scĂšne 12 qui ouvre l’état 1 de l’intermĂšde Fig. 1. Extrait de la premiĂšre version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC Louis Les revoilĂ  !Suzanne Nous Suzanne s’est excusĂ©[e].Suzanne Je ne me suis rien excusĂ©[e] du lui qui a reconnu ses torts. Catherine Ils sont MĂšre Ils sont Ă©nervĂ©s, mais les autres jours, Ă  l’ordinaire », ils ne sont pas comme ça. 6 Ce que l’on peut en tout cas supposer en suivant les didascalies internes du texte, par exemple ce ... 17L’ajout de ces quatre rĂ©pliques permet de justifier le retour d’Antoine et de Suzanne parmi le groupe dĂ©jĂ  prĂ©sent sur scĂšne. Ces deux personnages, dans les scĂšnes prĂ©cĂ©dentes, s’étaient Ă©nervĂ©s et Ă©taient sortis de l’espace de jeu6. Leur retour s’explique ici par une discussion qu’ils semblent avoir eue hors-scĂšne pour se calmer, et la scĂšne 12 s’inscrit donc dans la continuitĂ© des scĂšnes prĂ©cĂ©dentes, clarifiant les entrĂ©es et sorties des personnages. L’ajout de ces quatre rĂ©pliques permet aussi de donner la parole Ă  Louis, et donc d’acter la prĂ©sence de tous les personnages dans cette scĂšne, ce qui sera Ă©galement le cas dans la scĂšne suivante. Ce premier ajout manuscrit semble donc chercher Ă  rĂ©unir Ă  nouveau les personnages dans le mĂȘme espace de jeu et Ă  clarifier les enchaĂźnements des scĂšnes et les motivations des personnages. 18À l’instar d’autres corrections observables dans la premiĂšre version, les corrections manuscrites cherchent Ă©galement Ă  Ă©toffer les dialogues. Notons par exemple l’ajout – et la prĂ©vision d’ajout ici signifiĂ© par le etc » – des rĂ©pliques suivantes dans la scĂšne 13 Fig. 2. Extrait de la premiĂšre version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC La MĂšre Je ne sais pas, il fait comme il l’entend. Louis Je ne resterai pas la nuit, je dois ĂȘtre chez moi demain, en fin de matinĂ©e, ce serait bien, et je pensais, j’avais prĂ©vu, ce que je crois, j’avais prĂ©vu de repartir ce soir. A[ntoine] ! Est-ce que je ne l’avais pas dit ?S[uzanne] Tu n’avais rien dit ? Etc Antoine Je le conduirai Ă  la gare. 19La correction a pour effet, Ă  la lecture, de retarder la proposition d’Antoine de raccompagner son frĂšre Ă  la gare, et donc de rendre l’enchainement des rĂ©pliques moins abrupt. Ce dĂ©lai dans la proposition d’Antoine de raccompagner son frĂšre Ă  la gare a pour effet, Ă©galement, de donner une Ă©paisseur diffĂ©rente au personnage, le rendant moins brutal dans sa prise de parole. L’ajout de ces rĂ©pliques vient sans doute Ă©galement rendre plus vraisemblable la dĂ©cision de Louis de repartir le soir mĂȘme, en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  une dĂ©cision prise Ă  l’avance, qu’il a dĂ©jĂ  peut-ĂȘtre Ă©noncĂ©e Ă  sa famille, ou Ă  certains d’entre eux, par exemple Suzanne. Les corrections manuscrites prĂ©sentes sur l’état 1 de l’intermĂšde semblent donc aller dans une direction commune, visant Ă  clarifier les relations entre les personnages, Ă  les rendre aussi, d’un point de vue psychologique, plus vraisemblables, et Ă  inscrire les scĂšnes dans une forme de continuitĂ© les unes par rapport aux autres. 20NĂ©anmoins, peu avant la fin du tapuscrit, une note manuscrite, situĂ©e entre les scĂšnes 14 et 15, montre un moment oĂč l’enchaĂźnement des scĂšnes semble se rĂ©vĂ©ler moins limpide Fig. 3. Extrait de la premiĂšre version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC Louis / Antoine. Buffet de la que fait Le PĂšre. 21Lagarce note, entre l’avant derniĂšre et la derniĂšre scĂšne du tapuscrit, cette sĂ©rie de possibilitĂ©s, comme des variantes de structure, troublant la continuitĂ© des scĂšnes telle qu’elle s’établissait jusque-lĂ . Une réécriture sous forme de rupture 7 Suite Ă  la division de la scĂšne 7 en deux scĂšnes distinctes, 7 et 8, tous les numĂ©ros de scĂšne son ... 22L’état 2A comporte trois scĂšnes, numĂ©rotĂ©es donc 13 Ă  157, mais seulement deux de ces scĂšnes sont reprises de l’état prĂ©cĂ©dent. 23La scĂšne 13, si elle constitue une réécriture de la scĂšne 12 de l’état 1, en est surtout une complĂšte reconfiguration. Du point de vue des personnages, la MĂšre, Catherine et Louis disparaissent et il ne reste qu’Antoine et Suzanne. La réécriture semble alors nous faire changer de point de vue et d’espace alors que dans l’état 1 c’était ces deux personnages qui revenaient sur scĂšne, dans l’état 2 c’est comme si c’était notre regard qui allait les dĂ©couvrir lĂ  oĂč ils se sont enfuis. Le sujet de conversation entre eux est toujours la dispute, mais Suzanne Ă©voque d’abord celle qui vient d’éclater entre Louis et Antoine dans la scĂšne prĂ©cĂ©dente, avant que la conversation ne semble plus concerner qu’Antoine et Suzanne, au fil d’un glissement sur l’ambiguĂŻtĂ© du renvoi du pronom nous ». 8 Ces voix sont des ajouts de la deuxiĂšme version des p. 30 Ă  32. 24La scĂšne 14 est elle aussi resserrĂ©e sur les seuls personnages d’Antoine et Suzanne, au dĂ©triment de Louis, qui Ă©tait prĂ©sent dans la version prĂ©cĂ©dente. Il est intĂ©ressant de noter que le dĂ©but de la scĂšne adopte dans cette version une Ă©criture plus chorale que dialogique, ce qui a pour effet d’accentuer la proximitĂ© entre les deux personnages dans cet Ă©tat de l’intermĂšde. Les personnages de Catherine et de la MĂšre n’apparaissent dans cette scĂšne que sous la forme de voix » qui appellent Antoine et Louis8. Elles semblent ĂȘtre situĂ©es dans d’autres espaces distants de Suzanne et Antoine. Ces voix introduisent Ă©galement la notion de perte dans l’espace qui se fait jour avec l’ajout d’une nouvelle scĂšne 15, mettant en jeu les trois autres personnages, et notamment Catherine, qui exprime ce sentiment de perte 9 Premier Ă©tat de la p. 32. Voir Catherine OĂč est ce qu’ils sont ? Je n’entend[s] plus Qui ?Catherine Les autres, je n’entends plus personne, vous vous disputiez, je ne me trompe pas, on entendait Antoine s’énerver, c’est maintenant comme s’il n’y avait plus personne et que nous soyons perdus, Ă©garĂ©s, je ne sais pas9. 25Deux scĂšnes qui figuraient dans l’état 1 sont donc supprimĂ©es, en particulier la prĂ©cĂ©dente scĂšne 15 dans laquelle la MĂšre racontait les bagarres qui Ă©clataient dans leur jeunesse entre les deux frĂšres, bagarres qui se terminaient par de tendres rĂ©conciliations, dans les bras l’un de l’autre, excluant Suzanne de leur relation. La scĂšne Ă©tait trĂšs explicite sur la proximitĂ© enfantine des deux frĂšres et la tension Ă©rotique qui pouvait exister entre eux, et elle ne semble plus trouver sa place dans cet Ă©tat 2A qui a recentrĂ© l’attention sur la relation entre Antoine et Suzanne, au dĂ©triment de Louis. 26Le passage de l’état 1 Ă  l’état 2A marque donc une rĂ©orientation nette dans l’écriture des scĂšnes de l’intermĂšde. Alors que les premiĂšres corrections effectuĂ©es sur le texte tendaient Ă  lui assurer une forme de continuitĂ©, Ă  clarifier les enchaĂźnements entre les scĂšnes et les relations entre les personnages, l’état 2A assume au contraire une forme de rupture avec les scĂšnes prĂ©cĂ©dentes, comme si notre point de vue changeait, comme si notre regard se dĂ©plaçait, et accompagnait Antoine et Suzanne dans le lieu de leur fuite. Cette rupture se manifeste particuliĂšrement au niveau de l’espace, qui apparaĂźt dans l’état 2A profondĂ©ment Ă©clatĂ©, divisĂ© entre diffĂ©rents lieux d’oĂč les personnages ne semblent pouvoir ni se voir ni s’entendre. DeuxiĂšme rupture, la réécriture approfondit la relation entre Antoine et Suzanne, au dĂ©triment de Louis, qui disparaĂźt des scĂšnes oĂč il Ă©tait prĂ©cĂ©demment prĂ©sent. La réécriture rend plus implicite les rapports entre les personnages et, loin de chercher Ă  clarifier les situations, les rend parfois ambiguĂ«s, comme au dĂ©but de la scĂšne 13 oĂč l’on ne peut pas dire tout Ă  fait de qui parlent Antoine et Suzanne, ou par la suppression de la scĂšne 15 de l’état 1, sans doute trop explicite. Amplification de la rupture dans les Ă©tats suivants 27L’état 2B des scĂšnes de l’intermĂšde confirme et amplifie la rĂ©orientation de l’écriture observĂ©e dans l’état 2A. L’intermĂšde comporte cette fois six scĂšnes, numĂ©rotĂ©es 13 Ă  18. Les scĂšnes 16 et 18, toutes deux nouvelles, continuent d’approfondir la relation entre Suzanne et Antoine, notamment la scĂšne 16 qui, dans son mĂ©lange entre tendresse et duretĂ©, fait Ă©cho Ă  la scĂšne 15 de l’état 1, tandis que la scĂšne 17, montrant la mĂšre qui retrouve Louis aprĂšs l’avoir cherchĂ© longtemps, creuse cette idĂ©e de distance dans l’espace qui a vu le jour dans l’état 2A. Dans les scĂšnes 13 Ă  15, reprises de l’état prĂ©cĂ©dent, on peut relever une modification importante, qui s’intĂšgre complĂštement Ă  la rĂ©orientation de l’écriture telle que nous venons de l’observer les voix de Catherine et de la MĂšre, entendues dans la scĂšne 14, correspondent Ă  des paroles prononcĂ©es par ces mĂȘmes personnages dans la scĂšne 15. C’est pourquoi, sur le plan paginĂ©, on peut lire cette indication au niveau de l’intermĂšde Sc. 14, p. 31 Suzanne et AntoineVoix de la MĂšre et de Catherine scĂšne 15 28Si les voix de la MĂšre et de Catherine, entendues dans la scĂšne 14, sont dites dans la scĂšne 15, c’est donc que les deux scĂšnes, dans deux espaces diffĂ©rents, se passent pourtant en mĂȘme temps, mais que nous ne les voyons – ou lisons – que l’une aprĂšs l’autre. À l’éclatement de l’espace qui s’opĂ©rait dans l’état 2A s’ajoute donc dĂ©sormais la dilatation du temps dans cet Ă©tat 2B. Le travail de réécriture trouble les catĂ©gories de la perception et quitte un certain rĂ©alisme qui pouvait encore affleurer dans l’état 1. 29Cet Ă©tat 2B s’achĂšve sur deux scĂšnes 18, l’une appartenant Ă  l’intermĂšde, l’autre constituant la premiĂšre de la seconde partie de la piĂšce. Au-delĂ  de l’hĂ©sitation structurelle prĂ©sente ici, on notera que ces deux scĂšnes parlent de maniĂšre explicite de la solitude de Louis, solitude qui s’est creusĂ©e dans les scĂšnes de l’intermĂšde au fil des réécritures voir fig. 4 et 5. L’état 3 abandonnera cette rĂ©fĂ©rence directe Ă  la solitude de Louis, sans doute assez prĂ©sente dans l’intermĂšde de maniĂšre plus implicite. Fig. 4. Extrait de la seconde version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC Fig. 5. Correction pour la seconde version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC 30Enfin, l’état 3 est le plus proche de la version publiĂ©e. Une nouvelle fois, l’intermĂšde se trouve amplifiĂ©, puisqu’il comporte dans ce dernier Ă©tat neuf scĂšnes. Certaines scĂšnes sont dĂ©placĂ©es, la prĂ©cĂ©dente scĂšne 18 est supprimĂ©e, et quatre scĂšnes sont ajoutĂ©es dans cet Ă©tat. L’une d’elle, la scĂšne 18, est le rĂ©sultat de la division de la prĂ©cĂ©dente scĂšne 14 en deux scĂšnes. La scĂšne 19 est une scĂšne qui amplifie le motif de la perte dans la maison en montrant la MĂšre Ă  la recherche de Catherine et de Louis. 31Les deux autres scĂšnes qui sont ajoutĂ©es dans cet Ă©tat se placent au dĂ©but de l’intermĂšde et peuvent paraĂźtre Ă©tonnantes du point de vue de l’orientation de l’écriture depuis l’état 2A. Les scĂšnes 13 et 15 donnent en effet la parole principalement Ă  Louis. Mais la scĂšne 13 entre Louis et la MĂšre confirme, dĂšs le dĂ©but de l’intermĂšde, le renversement de perspective qui s’opĂšre Louis. C’est comme la nuit en pleine journĂ©e, on ne voit rien, j’entends juste les bruits, j’écoute, je suis perdu et je n’entends personne ». L’intermĂšde s’ouvre donc bien sous le signe de la perte, de l’inversion, de la perception troublĂ©e. Dans la scĂšne 15, ce dernier Ă©voque un rĂȘve qui ouvre l’espace par une vision labyrinthique et fantastique de la maison, le ramenant Ă  ses peurs d’enfance. L’onirisme qu’introduit cette rĂ©plique n’identifie pas, pour autant, l’intermĂšde Ă  un rĂȘve que ferait Louis ce qu’il raconte ne correspond pas Ă  ce qui se passe dans l’intermĂšde. Le rĂȘve de Louis est avant tout solitaire. Dans ces deux scĂšnes, Louis est d’ailleurs caractĂ©risĂ© par sa solitude car, bien que la MĂšre soit prĂ©sente, Louis ne l’entend pas, ou n’arrive pas Ă  communiquer avec elle. 32L’état 3 achĂšve donc l’orientation de l’écriture telle que nous l’avons observĂ©e au fil des réécritures. L’effort de clarification et de continuitĂ© a laissĂ© la place Ă  une Ă©criture en rupture, troublant la perception de l’espace et du temps, quittant un certain rĂ©alisme, rendant plus implicite et plus ambigus les rapports entre les personnages, et laissant apparaĂźtre la solitude et l’impuissance de Louis. Un geste d’écriture singulier 33Ainsi, au-delĂ  du fait qu’il se constitue en tant que sĂ©quence Ă  part entiĂšre, l’intermĂšde s’affirme, au fil des versions, comme rupture dans le sens oĂč il permet d’observer un geste d’écriture singulier de Jean Luc Lagarce. 10 Cela correspond Ă  un volontarisme dans l’écriture nĂ© notamment aprĂšs une longue discussion avec Lu ... 34Dans le reste des brouillons consultables, on peut en effet observer que le dramaturge privilĂ©gie en gĂ©nĂ©ral des corrections visant Ă  clarifier les rapports entre les personnages et Ă  dĂ©velopper la cohĂ©rence de la situation10. La réécriture des scĂšnes de l’intermĂšde fait apparaĂźtre un geste d’écriture diffĂ©rent l’écriture se fait moins explicite, et l’unitĂ© et la continuitĂ© qui pouvaient apparaĂźtre dans le reste de la piĂšce sont dĂ©finitivement minĂ©es dans l’intermĂšde par l’onirisme, l’éclatement spatial et la dilatation temporelle. 11 Dans son ouvrage Lagarce. Un théùtre entre prĂ©sence et absence, Classiques Garnier, collection É ... 35Il semble dĂšs lors que l’intermĂšde ouvre une brĂšche dans la piĂšce, laissant apparaĂźtre un espace intermĂ©diaire », pour reprendre les mots de Lydie Parisse11, espace mental peut-ĂȘtre, qui n’est pas forcĂ©ment celui d’une maĂźtrise, mais plutĂŽt, non sans rapport avec l’inconscient, un espace mental oĂč ce que l’on voit est ce qui nous Ă©chappe, ou, peut-ĂȘtre, ce qui Ă©chappe Ă  Louis. Le rĂ©alisme de la piĂšce se trouble, s’inquiĂšte, s’enfuit un instant dans les habits du rĂȘve, sans pour autant renverser sa signification et n’ĂȘtre plus qu’un rĂȘve. La piĂšce tente de tenir dans cet entre-deux, Ă©quilibre fragile entre une rĂ©alitĂ© et une ou des subjectivitĂ©s qui viennent la troubler de leurs fantasmes, dans une forme de suspens qui ne tranche pas sur la signification Ă  lui donner. 36On peut dĂšs lors faire l’hypothĂšse que quelque chose se joue sans doute dans cet obstacle que constitue l’écriture de l’intermĂšde, quelque chose qui irradie ensuite dans le reste de la piĂšce. Prenons ici comme seul exemple la modification de la didascalie initiale, qui est de ce point de vue trĂšs significatif. On lit dans la premiĂšre version de la piĂšce Cela se passe dans la maison de la mĂšre oĂč elle vit avec Suzanne ». La seconde version, aprĂšs donc le travail de réécriture de l’intermĂšde et la grande rĂ©orientation qui en est le rĂ©sultat, donne Cela se passe dans la maison de la mĂšre et de Suzanne, un dimanche, Ă©videmment, ou bien encore durant prĂšs d’une annĂ©e, aucune idĂ©e ». La premiĂšre didascalie est inquiĂ©tĂ©e par la seconde, qui ouvre cette indĂ©termination temporelle, cette dilatation possible du temps, qui place la piĂšce entre la scĂšne rĂ©aliste et la scĂšne mentale, et ce changement de perspective global a lieu aprĂšs la réécriture de l’intermĂšde. 12 Voir l’analyse de Denis GuĂ©noun Ă  propos du Pays Lointain, mais qui peut tout aussi bien s’appliqu ... 37Cette rĂ©orientation servira peut-ĂȘtre aussi de dĂ©clencheur pour l’écriture de la deuxiĂšme partie car ce qui se joue dans ce renversement de perspectives que l’on observe au fil des versions de l’intermĂšde, c’est peut-ĂȘtre avant tout le renversement des positions, l’isolement de Louis, la proximitĂ© entre Antoine et Suzanne, qui annonce, permet, libĂšre peut-ĂȘtre, la derniĂšre salve d’écriture oĂč Antoine prendra toute sa dimension12. L’espace et le temps se fragmentent, se dilatent, les relations se distendent, crĂ©ant paradoxalement un lieu oĂč Louis, l’homme des mots, n’est plus le maitre, lieu plus accueillant alors pour la parole de l’autre, la parole de celui qui ne sait pas parler et se dĂ©bat dans les catĂ©gories de celui qui sait parler et Ă©crire, Antoine. 13 Journal, 1977-1990, tome i, Les Solitaires intempestifs, 2007, p. 216. 38Il s’agit certes ici d’hypothĂšses. Ce dont on peut ĂȘtre certain, nĂ©anmoins, c’est que se fait jour, dans le processus d’écriture de l’intermĂšde tel que nous l’avons suivi, un geste d’écriture singulier chez Lagarce, Ă©loignant Juste la fin du monde du théùtre psychologique » auquel l’auteur rattachait, avec une pointe d’ironie sans doute, Derniers remords avant l’oubli13, l’éloignant aussi, peut-ĂȘtre, de l’horizon d’attente des lecteurs de Théùtre Ouvert, qui l’avaient convaincu d’adopter une Ă©criture visant Ă  rendre clair » et qui se retrouveront devant une Ă©criture qui, si elle n’est pas obscure, refuse de trancher et reste en suspens. Xavier Dolan, 2016 LE COMMENTAIRE À bord d’un bateau qui coule, certains hurlent et gesticulent. Refusant de s’enfoncer gentiment dans cette nuit cf Interstellar. D’autres au contraire ne disent rien. Ils constatent les dĂ©gĂąts et s’apprĂȘtent Ă  partir dans la dignitĂ©. LE PITCH Un jeune homme retourne voir sa famille aprĂšs douze ans de cartes postales. LE RÉSUMÉ Cela faisait quelques annĂ©es que Louis Gaspard Ulliel n’avait pas revu sa mĂšre Martine Nathalie Baye et son frĂšre Antoine Vincent Cassel. Il profite de l’occasion pour faire la connaissance de sa belle-sƓur Catherine Marion Cotillard qu’il n’avait pas encore rencontrĂ©e. Et il retrouve sa sƓur Suzanne LĂ©a Seydoux qu’il ne connaĂźt finalement que trĂšs peu. Louis n’a pas fait le voyage pour rien. Faire le voyage, pour annoncer
 ma mort. À peine rentrĂ©, Louis est assailli par Suzanne, trop contente de le revoir. Il est snobĂ© par Antoine qui lui en veut d’ĂȘtre parti. Essaie de rattraper le temps perdu avec Catherine qui remarque que Louis semble absent. Elle est la premiĂšre Ă  comprendre la raison de son retour. Louis Ă©coute sa mĂšre parler pendant des heures de ses souvenirs, ce dont Antoine est incapable. C’est quoi ce truc de toujours raconter des histoires qu’on connaĂźt dĂ©jĂ !? Louis ne peut pas en placer une. Il est bloquĂ©. J’ai peur d’eux. Il passe un peu de temps avec Suzanne qui regrette de ne pas l’avoir connu davantage. Elle envie son courage, elle qui ne rĂ©ussit par Ă  quitter ce trou perdu. Il n’arrive toujours pas Ă  parler. Martine est amĂšre. Elle ne lui en veut pourtant pas. Tu penses qu’on ne t’aime pas, qu’on ne te comprend pas. T’as raison, je ne te comprends pas. Mais je t’aime. Elle lui fait quand mĂȘme la leçon, comme si elle savait. Il n’a rien Ă  rĂ©pondre. Louis n’échappe pas non plus aux engueulades entre Suzanne et Antoine. Il profite d’un moment de rĂ©pit pour s’isoler et s’offrir un souvenir, celui de Pierre Jolicoeur son amant de jeunesse. Louis va ensuite affronter Antoine dans l’intimitĂ© caniculaire de sa voiture. Il essaie de s’expliquer. Antoine ne lui en laisse pas la possibilitĂ©. T’es juste lĂ  et tu vis ta putain de vie et t’arrĂȘte de nous faire chier avec ça merde! Antoine l’achĂšve en lui rĂ©vĂ©lant sĂšchement la disparition de Pierre. Dans cette fournaise, Louis essaie de trouver le moment opportun. Quand il se lance enfin, Antoine abrĂšge les dĂ©bats et se propose d’emmener Louis Ă  l’aĂ©roport, crĂ©ant un cataclysme familial. Tout le monde s’embrouille. Antoine reproche Ă  sa famille d’ĂȘtre contre lui et menace Louis. Martine s’excuse auprĂšs de Louis On sera mieux prĂ©parĂ© la prochaine fois. Il n’y aura pas de prochaine fois. Tout le monde abandonne Louis. Il se retourne vers le coucou qui annonce sa derniĂšre heure. Il est temps de partir. C’est fini. Violent. L’EXPLICATION Juste la fin du monde, c’est une Ă©pitaphe. Celle de la famille dont on vante les louanges, qui n’arrive pas Ă  ravaler sa rancƓur et dĂ©passer ses frustrations. Chacun ne pense qu’à sa gueule. Louis est lĂ  sans l’ĂȘtre. Comme le fait remarquer Antoine, il est loin, mĂȘme quand il est dans le salon. Il s’est cachĂ© des annĂ©es et ne revient que pour larguer une bombe sur sa famille qui se protĂšge en ripostant. Sa sƓur, sa mĂšre et son frĂšre le bombarde tour Ă  tour de reproches. Louis ne fait plus vraiment partie de cette famille Ă©clatĂ©e, orpheline de son patriarche. Comme un marin qui essaie de rentrer au port et puis qui se trompe de route, ou qui se fait torpiller Ă  l’arrivĂ©e cf Das Boot. Il ne reconnaĂźt plus les lieux. Sans prĂ©sent. Une mĂšre bloquĂ©e dans le passĂ©, une sƓur qui n’arrive pas Ă  s’imaginer un futur, un frĂšre qui refuse tout simplement de le regarder. La famille refuge est devenue un traquenard. On vit vraiment d’une drĂŽle de maniĂšre. C’est aussi l’échec personnel de Louis qui Ă©tait rentrĂ© expressĂ©ment pour partager une nouvelle, sa nouvelle. Il a pourtant bien ratĂ© son rendez-vous. Donner aux autres l’illusion d’ĂȘtre jusqu’à cette extrĂ©mitĂ© mon propre maĂźtre. Il n’est le maĂźtre de rien du tout. Pas le temps de dire quoi que ce soit que tout le monde a dĂ©jĂ  devinĂ©. Quand il essaie, c’est dĂ©jĂ  trop tard. Le metteur en scĂšne s’est fait voler son propre drame. Son public a quittĂ© les lieux et l’a laissĂ© seul sur scĂšne. Il a ratĂ© sa sortie. D’une maniĂšre plus globale, c’est surtout l’écroulement du monde sensible qui s’exprime Ă  travers la dĂ©faite de Louis Ă©crasĂ© par Antoine. Il revient sans exister, Ă©clipsĂ© par ce rustre qu’on ne sait pas comment prendre. Antoine fait l’apologie du mutisme. Il mĂ©prise la sensibilitĂ© de son frĂšre. On a mis plus de vingt ans Ă  se barrer de lĂ -bas et toi tu veux y retourner pour vĂ©rifier si le vent a bien dĂ©posĂ© les feuilles mortes sur la toiture rouillĂ©e en cette magnifique canicule
 on s en branle!! Antoine incarne le putsch de ces classes populaires oubliĂ©es et en colĂšre, s’estimant victimes d’une injustice cf Merci Patron!. On aimerait que tout le monde puisse se rasseoir Ă  la table et discuter. Le temps joue contre nous. On se prĂ©pare Ă  une purge. Pas de sentiment. La sociĂ©tĂ© s’apprĂȘte Ă  basculer dans une nouvelle Ăšre, plus sauvage et grossiĂšre cf Delicatessen, oĂč l’on ne se soucie guĂšre des Ă©tats d’ñme des uns ou des autres. Je ne veux pas savoir ce que tu fais ici, tout n est pas exceptionnel dans ta petite vie. Dans ce monde qui n’a jamais vraiment cessĂ© d’ĂȘtre violent, oĂč la glace fond et les esprits s’échauffent, on ne communique plus. On ne cherche plus Ă  savoir. Le sens des choses ne compte plus. Personne comprend rien, personne comprendra jamais rien. Pas de drame. Ce n’est juste que la fin du monde, la fin d’une vie cachĂ©e. Cela pourrait ĂȘtre pire. On manie l’euphĂ©misme comme une façon de se rassurer. En essayant de se convaincre que le nouveau monde ne sera pas si terrible. LE TRAILER Cette explication n’engage que son auteur.

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