Dansle vent les arbres se serrent et rapprochent leurs branches, Dans le vent les arbres cherchent Ă  se tenir chaud. Mais nous deux ? Que nous sommes donc loin l’un de l’autre ! Quel vent pourra nous rapprocher, je ne sais Dritero AGOLLI in La nouvelle poĂ©sie albanaise, P.-J. Oswald. (poĂšte albanais, nĂ© en 1931) L’AIR BLEU Tout est en l’air Il y a des oiseaux qui volent Penchezvous au plus noir des tĂ©nĂšbres humaines, Voyageurs du beau ciel, Anges et SĂ©raphins, Qui nagez richement dans vos gloires d’ors fins, Et faites sur ma langue, au vent frais de vos ailes, PĂ©tiller et flamber le feu des meilleurs zĂšles. Puis, veuille m’assister le divin Paraclet Par qui l’humble ignorant mieux qu’un docte ADAYONGmotoRĂ©troviseurs de Moto rĂ©troviseurs latĂ©raux rotatifs rĂ©glables d'aile de Vent pour SU-ZU-KI GSX250R 2016-2021 RĂ©troviseurs Moto : Amazon.fr: Auto et Moto . Continuer sans accepter. Choisir vos prĂ©fĂ©rences en matiĂšre de cookies. Nous utilisons des cookies et des outils similaires qui sont nĂ©cessaires pour vous permettre d'effectuer des achats, pour amĂ©liorer vos Grade Arme de septiĂšme dimension En utilisant la classification de la force humaine comme rĂ©fĂ©rence, ce serait une arme de niveau sage, communĂ©ment appelĂ©e arme sage! C'Ă©tait bien plus terrifiant que les armes extraordinaires de la sixiĂšme dimension ![Arc de bataille runique de la septiĂšme dimension. Il contient l'Ăąme rancuniĂšre d'un roi corbeau souterrain en tant qu'Ăąme de sailormoon, joli, blond, bonite, aile, adorable, fille magique, agrĂ©able, queue jumelle, anime, plume, beautĂ©, fille animĂ©e, cheveux longs, rose, sailormoon AileNoire - Vent d'Argent le SuprĂȘme DP11-FR015 6,00 € Stock Ă©puisĂ© Etre averti Dragon Ailes Sombres DP11-FR016 5,00 € Stock Ă©puisĂ© Etre averti Attaque Tourbillonnante de Rapace DP11-FR017 0,25 € Stock Ă©puisĂ© Etre averti 4Gnz. Avant de commencer,on va mettre quelques petites choses au clair 1. Ce sont mes headcanons,mes perceptions,mon avis et ce ne sont en aucun cas la Ceci est plus ou moins sĂ©rieux. Certains seront complĂštement instinctifs ou Je ne cherche pas Ă  dĂ©nigrer quel genre ou sexualitĂ© que ce soit. Je cherche simplement Ă  partager mon opinion un peu beaucoup Svp,ne venez pas en mode ’hĂ©,mais ce personnage a eu des relations avec tel personnage,ça marche pas’. De nouveau,je vous rappelle que ce sont des n’est pas parce qu’il y a eu des expĂ©riences que l’identitĂ© ne fonctionne pas. C’est comme que cette personne aime telle chose simplement parce qu’iel la essayĂ©/fait. C’est un peu
nono x5. Les 
 c’est pour quand je suis incapable de l’expliquer 5. C’est quoi vos pronoms ? 3‱ Feuille de Lune Demigirl pansexuelleHonnĂȘtement,elle ne me donne pas l’impression d’ĂȘtre une femelle Ă  part entiĂšre. Il y a comme une minime partie de non-binaire en elle. Également,je ne crois pas qu’elle donne d’importance au genre,donc je la vois comme pansexuelle.‱ Feuille de Lis Genderfluid lesbienne Elle a des espĂšces de diffĂ©rentes facettes qui peuvent s’apparenter comme des genres changeants. Pour la partie homo,on s’entend que c’est l’icĂŽne suprĂȘme de la sĂ©rie,non ?‱ RiviĂšre Ondulante GaiJ’ai vraiment besoin de l’expliquer,celui-lĂ  xD ?!‱ Gerboise Gai demisexuelIl lui faut du temps pour s’attacher,donc bang,classĂ© demisexuel x‱ ƒil de Geai Aromantique Asexuel Dans son point de vue,j’ai remarquĂ© qu’il se sentait parfois comme Ă©tranger,bizarre. C’est comme s’il se sentait anormal de ne pas ressentir ce que les autres ressentent
Bref,vous voyez oĂč je veux en venir x Et le fait qu’il soit aveugle est comme
une mĂ©taphore x‱ Feuille de Houx Aro/homoromantique asexuelle
‱ Moustache Lisse Bisexuelle Je veux dire
 Avez-vous vu sa relation avec Plume d’Aiguilles et sa jalousie envers Pluie ?! XD‱ Papillon Transfemelle lesbienneTu Ă©couteras Ta reine’ de AngĂšle et tu comprendras toooooout xD‱ Plume de Jais Non-binaire hĂ©tĂ©ro/polysexuelIl ne sait pas trop qui il est et donne une impression de non-beanie. C’est tout ce que j’ai Ă  dire x‱ Sol TransmĂąleJ’ai remarquĂ© que c’était un headcanon plutĂŽt populaire dans le Fandom anglais. L’explication principale est qu’un mĂąle ne peut pratiquement ne pas ĂȘtre Ă©caille-de-tortue,ce qui nous mĂšne Ă  la conclusion qu’il s’agit probablement sexuellement d’une femelle.‱ Jolie Plume Bigenre pansexuelle/lesbienne J’ai pas vraiment de justifications’ avec celui-lĂ ,je trouve juste que ça va bien avec le personnage.‱ Pelage d’Or Non-binaire/genderfae/demigirlJ’ai comme l’impression qu’il ne s’agit pas complĂštement d’une femelle ‱ CƓur d’Aulne Demiboy/genderflux/genderfaun gai/pansexuel-LithRegardez-le. Il a tellement de gay panic,le pauvre x‱ Plume de Flamme GaiBesoin d’explications ou ça va ?‱ Aile de Cerise OmnisexuelleElle semble avoir des prĂ©fĂ©rences au niveau des genres,tout en Ă©tant attirĂ© par tous.‱ Zelda LesbienneTout ce que j’ai Ă  dire c’est; GAE AS HELLLLLL‱ Étoile de Feuille Demigirl
‱ Loki Genderfluid Celui-lĂ ,c’est un peu une blague,parce que Loki,le dieu nordique shapeshifter que Marvel s’est appropriĂ©,a Ă©tĂ© canoniquement confirmĂ© comme genderfluid.‱ Étoile de Feu BisexuelJ’veux dire
Sa jalousie envers RiviĂšre ArgentĂ©e,sa relation avec Nuage de Jais,sa bromance totale avec Plume Grise
 Chat vous rappelle rien ?‱ CƓur de Girofle Bisexuelle Ça lui va tout simplement bien.‱ Chardon Rouge TransfemelleJe suis simplement un grand fan du ship Flamme d’Argent x Chardon Rouge x Vous allez pas douter sur la validitĂ©,d’accord?‱ Mitaine Lesbienne L’avez-vous vu ? XD‱ Étoile Filante BisexuelQui se souvient qu’il avait eu un crush sur Rina ? .-.✋ C’est allĂ© jusqu’à vouloir des chatons quand mĂȘme‱ Nuage de Jais TransmĂąle/genderflor/faun/demimasc gaiC’est comme
le classique
‱ CƓur CendrĂ© Polygame lesbienne Vous vous souvenez de tous ces drames de prophĂ©ties,de devoirs et d’amours impossibles de CƓur CendrĂ© ? À ma vision,c’était une excuse pour ne pas finir en couple avec Pelage de Lion. À la fin,elle se serait senti obligĂ©e et se serait dit que ce serait mieux de ne pas se faire trouvez pas qu’elle est trop mignonne avec Feuille de Houx ?‱ Étoile de Pin Non-binaire ‱ Flocon de Neige Il lesbienne/pansexuelleMaaaaan,je sais pas comment vous expliquez le concept du pronom opposĂ© ;-;’‱ Étoile du LĂ©opard Lesbienne demiromantique LittĂ©ralement le personnage le plus homo que j’ai jamais vu‱ Plume Rousse TransmĂąleMĂȘme chose que pour Sol,il est pratiquement gĂ©nĂ©tiquement impossible.‱ Éclair Noir GaiPersonne ne meure de surprise
‱ Tonnerre/Plume d’Éclair GaiEncore moins ici
‱ Pluie de PĂ©tale Lesbienne/BisexuelleP’ĂȘtre un tout mini peu plus
‱ Plume de Grive TransfemelleCette fragilitĂ©,cette attitude,ça me rappelle
La dcnddnknedojk de dysphorie binaire TvT‱ Harley TransmĂąleJe doute que vous avez dĂ©jĂ  vu un mĂąle Ă©caille-de-tortue,Ă  ce point
‱ Tom des Vents pangenre
‱ Griffe d’Épines demiromantique hĂ©tĂ©rosexuelJe sais que c’est ses troubles memteaux,mais j’aime quand mĂȘme cette iDĂ©OloGie x‱ Vif-Argent pansexuel
‱ CƓur de Lilas Lesbienne/BisexuelleCe p’tit cĂŽté Elle aime les femelles,ça se voit xD‱ Nuage de Musaraigne Bigenre bisexuelJe sais pas comment l’expliquer,celui-là
‱ Longue Plume Demiboy gaiDe plus en plus populaire
‱ Pelage de Silex trigenre
‱ Étoile de Jais GaiVous vous ĂȘtes rendu compte Ă  quel point il avait une de ses dĂ©marches surtout avec sa polydactylie xD ? Plus sĂ©rieusement
Ou moins
 Sol x Blackstar foreveeeeer !‱ Souhait de Sable LesbienneÇa saute simplement aux yeux
 Hein,Ombre d’Érable ?‱ Étoile BalafrĂ©e OmnisexuelPlus hĂ©tĂ©ro que bi/homo,mais quand mĂȘme x‱ Baie de Ronce lesbienneSi ce personnage ne l’est pas,je me dĂ©fenĂȘtre xD‱ Aile de Colombe disexuelAu dĂ©but,je croyais qu’elle Ă©tait pan,mais dis,ça lui va mieux x‱ Petit Orage gai
 SĂ©rieusement?‱ Plume Rose/Queue Blanche TransfemelleC’est un de mes fanatismes plus ou moins connu x’
‱ Étoile de Brume Agenre/non-binaire abrosexuelle
‱ Poil de Souris Aro/Demiromantique GraysexuelleJe ne me souviens pas qu’elle aie ressenti une quelconque attraction non-platonique dans les livres,donc
‱ Étoile Fauve MĂąle intersexeSimplement
‱ FlĂ©au Gai demiromantique graysexuelQue Carcasse lui fasse sa toilette prĂ©tendument parce que les crocs de son collier lui font mal,je trouve ça tout de mĂȘme louche x‱ Queue de Tortue OmnisexuelleBĂȘtise,Gris Poil,Matou
Ça se devine,non ?‱ Fleur de Saule BisexuelleBecause she’s bi,bi,bi‱ Flaque Brillante Genderfaun/Demiboy/non-binaire pansexuel‱ Parce que pourquoi pas xSacha LesbienneElle a toujours eu des relations toxiques avec les mĂąles,mais aucunement enfin presque avec les femelles. On n’a qu’a pensĂ© Ă  Shnuky,Feuille Rousse et Étoile du LĂ©opard. LECONTE DE LISLE LECONTE DE LISLE 1818 Charles-Marie Leconte de Lisle, nĂ© Ă  l’üle Bourbon en 1818, a publiĂ© successivement les PoĂšmes antiques, les PoĂšmes barbares, les PoĂšmes tragiques. Il a, en outre, donnĂ© des traductions d’HomĂšre, d’HĂ©siode, d’Eschyle, de Sophocle, d’Euripide, de ThĂ©ocrite, d’Horace. Des vers d’une splendeur prĂ©cise, une sĂ©rĂ©nitĂ© imperturbable, voilĂ  ce qui frappe tout d’abord chez M. Leconte de Lisle. Au fond, il y a autre chose que nous verrons, mais cela est cachĂ© et ne se rĂ©vĂšle qu’à ceux qui n’ont pas le cƓur simple. Il ne faut pas oublier que Leconte de Lisle est nĂ© Ă  l’üle Bourbon et qu’il y a passĂ© son enfance. LĂ , mieux que chez nous, il put sentir l’énormitĂ© indomptable des forces naturelles et les lourds midis endormeurs de la conscience et de la volontĂ©. Il connut la rĂȘverie sans tendresse, le sentiment de notre impuissance Ă  l’égard des choses, la soif de rentrer au grand Tout, dont la vie un moment nous distingue, et, en attendant, la joie immobile de contempler de splendides tableaux sans y chercher autre chose que leur beautĂ©. Il vint Ă  Paris. AprĂšs la fatalitĂ© inconsciente des choses, il rencontra la fatalitĂ© furieuse de l’égoĂŻsme humain. Il eut des jours difficiles, et souffrit d’autant plus qu’il apportait dans la mĂȘlĂ©e des compĂ©titions fĂ©roces une Ăąme dĂ©jĂ  touchĂ©e de la grave songerie orientale. Il lut l’histoire. Il vit l’homme en proie Ă  deux fatalitĂ©s celle des passions et celle du monde extĂ©rieur. Elle lui apparut comme l’universelle tragĂ©die du mal, comme le drame de la force sombre et douloureuse. Il lui sembla que l’homme, presque toujours, avait aggravĂ© l’horreur de son destin par les explications qu’il en avait donnĂ©es, par les religions qui avaient hantĂ© son esprit malade, prĂȘtant Ă  ses dieux les passions dont il Ă©tait agitĂ©. Il se dit alors que la vie est mauvaise et que l’action est inutile ou funeste. Mais, d’autre part, il fut sĂ©duit par le pittoresque et la variĂ©tĂ© plastique de l’histoire humaine, par les tableaux dont elle occupe l’imagination au point de nous faire oublier nos colĂšres et nos douleurs. Il entra par l’étude dans les mƓurs et dans l’esthĂ©tique des siĂšcles morts ; il dĂ©mĂȘla l’empreinte que les gĂ©nĂ©rations reçoivent de la terre, du climat et des ancĂȘtres ; et il eut des visions du passĂ© si nettes, si sensibles et si grandioses, qu’il leur pardonna de n’ĂȘtre pas consolantes. Enfin, il comprit que si tout le mal vient de l’action, l’action vient du dĂ©sir inextinguible, de l’illusion du mieux qui vit Ă©ternellement aux flancs de l’humanitĂ©, illusion qui fait souffrir puisqu’elle fait vivre, mais qui fait vivre enfin. Or, Ă  quoi bon condamner la vie ? Elle est, cela suffit ; et les renonciations de quelques-uns ne l’éteindront pas. Qui sait, d’ailleurs, si elle ne va pas quelque part ? si quelque progrĂšs — lent, ah ! combien lent ! — ne s’élabore pas par elle Ă  travers les Ăąges ? Alors, le cƓur rĂ©voltĂ© contre l’Être, mais les yeux pleins du prestige de ses formes ; indignĂ© des monstruositĂ©s de l’histoire, mais dĂ©sarmĂ© par l’intĂ©rĂȘt de son mĂ©canisme et Ă©bloui par la richesse de ses dĂ©cors ; soulevĂ© contre le spectre des religions, mais apaisĂ© par l’idĂ©e qu’un jour peut-ĂȘtre elles auront vĂ©cu ; conspuant l’humanitĂ© et l’adorant Ă  la fois, il alla prendre pour hĂ©ros l’antique rebelle, le premier aprĂšs Lucifer qui ait criĂ© Non serviam ! rendit l’espoir au dĂ©sespĂ©rĂ© et le fit surgir comme un prophĂšte sur la plus haute tour d’HĂ©nokia, la citĂ© cyclopĂ©enne. Il mit dans ce poĂšme ce qu’il avait de plus sincĂšre en lui, la protestation obstinĂ©e contre le mal physique et moral, et aussi la sĂ©rĂ©nitĂ© de l’artiste paisiblement enivrĂ© de visions prĂ©cises. Ce jour-lĂ , M. Leconte de Lisle fit son chef-d’Ɠuvre. Le mĂȘme pessimisme, et, comme consĂ©quence, le mĂȘme parti pris de ne peindre que l’extĂ©rieur, se retrouvent dans les paysages. Presque tous appartiennent Ă  l’Orient ou mĂȘme Ă  la rĂ©gion des tropiques, et flambent crĂ»ment sous le soleil vertical. Le choix du poĂšte s’explique de mĂȘme qu’il n’a pas vu la justice dans l’histoire, il ne lui plaĂźt pas de voir la tendresse dans la nature. Il ne sent point en elle, comme d’autres, une Ăąme vague, immense et bienveillante elle lui est un spectacle, non un refuge. Il la regarde, et c’est tout. Mais il la voit si bien et la traduit par des assemblages de mots si merveilleux, que cela suffit Ă  le consoler ; et cette consolation est sans duperie. Rien n’est plus moderne, sous ses formes boudhiques, grecques ou mĂ©diĂ©vales, que la poĂ©sie de M. Leconte de Lisle. L’homme comprend sur le tard que contre l’AnankĂš, contre le mal universel, rien ne vaut mieux, rien n’est plus fort que la protestation du contemplateur qui ne veut pas pleurer. Peut-ĂȘtre aussi qu’à y regarder de prĂšs, rien n’égale le tragique rentrĂ©, l’amertume intĂ©rieure que ce genre de protestation fait deviner. Mais cela est oubliĂ© lorsqu’on atteint au templa serena. Le mĂ©pris des Ă©motions vulgaires et le pessimisme spĂ©culatif donnent un orgueil dĂ©licieux. Cet orgueil est-il mauvais ? Je ne sais. Qu’on se rassure, du reste il n’empĂȘchera pas d’agir et de souffrir. L’état d’esprit oĂč nous met la poĂ©sie de M. Leconte de Lisle, une fois qu’on y est installĂ©, est le moins susceptible de trouble et de douleur ; et cette poĂ©sie est pour longtemps, je le crois, Ă  l’abri de la banalitĂ©, le domaine qu’elle exploite Ă©tant beaucoup moins Ă©puisĂ© que celui des passions et des affections humaines tant ressassĂ©es. De lĂ , pour les initiĂ©s, l’attrait puissant des PoĂšmes antiques et des PoĂšmes barbares. Les Ɠuvres de M. Leconte de Lisle ont Ă©tĂ© publiĂ©es par A. Lemerre. Jules LemaĂźtre. ________ HYPATIE Au dĂ©clin des grandeurs qui dominent la terre, Quand les cultes divins, sous les siĂšcles ployĂ©s, Reprenant de l’oubli le sentier solitaire, Regardent s’écrouler leurs autels foudroyĂ©s ; Quand du chĂȘne d’Hellas la feuille vagabonde Des parvis dĂ©sertĂ©s efface le chemin, Et qu’au delĂ  des mers, oĂč l’ombre Ă©paisse abonde, Vers un jeune soleil flotte l’esprit humain ; Toujours des Dieux vaincus embrassant la fortune, Un grand cƓur les dĂ©fend du sort injurieux L’aube des jours nouveaux le blesse et l’importune Il suit Ă  l’horizon l’astre de ses aĂŻeux. Pour un destin meilleur qu’un autre siĂšcle naisse Et d’un monde Ă©puisĂ© s’éloigne sans remords FidĂšle au songe heureux oĂč fleurit sa jeunesse, Il entend tressaillir la poussiĂšre des morts. Les sages, les hĂ©ros se lĂšvent pleins de vie ! Les poĂštes en chƓur murmurent leurs beaux noms ; Et l’Olympe idĂ©al, qu’un chant sacrĂ© convie, Sur l’ivoire s’assied dans les blancs ParthĂ©nons. Ô vierge, qui, d’un pan de ta robe pieuse, Couvris la tombe auguste oĂč s’endormaient tes Dieux, De leur culte Ă©clipsĂ© prĂȘtresse harmonieuse, Chaste et dernier rayon dĂ©tachĂ© de leurs cieux ! Je t’aime et te salue, ĂŽ vierge magnanime ! Quand l’orage Ă©branla le monde paternel, Tu suivis dans l’exil cet ƒdipe sublime, Et tu l’enveloppas d’un amour Ă©ternel. Debout, dans ta pĂąleur, sous les sacrĂ©s portiques Que des peuples ingrats abandonnait l’essaim, Pythonisse enchaĂźnĂ©e aux trĂ©pieds prophĂ©tiques, Les Immortels trahis palpitaient dans ton sein. Tu les voyais passer dans la nue enflammĂ©e ! De science et d’amour ils t’abreuvaient encor ; Et la terre Ă©coutait, de ton rĂȘve charmĂ©e, Chanter l’abeille attique entre tes lĂšvres d’or. Comme un jeune lotos croissant sous l’Ɠil des sages, Fleur de leur Ă©loquence et de leur Ă©quitĂ©, Tu faisais, sur la nuit moins sombre des vieux Ăąges, Resplendir ton gĂ©nie Ă  travers ta beautĂ© ! Le grave enseignement des vertus Ă©ternelles S’épanchait de ta lĂšvre au fond des cƓurs charmĂ©s ; Et les GalilĂ©ens qui te rĂȘvaient des ailes Oubliaient leur Dieu mort pour tes Dieux bien aimĂ©s. Mais le siĂšcle emportait ces Ăąmes insoumises Qu’un lien trop fragile enchaĂźnait Ă  tes pas ; Et tu les voyais fuir vers les terres promises ; Mais toi qui savais tout, tu ne les suivis pas ! Que t’importait, ĂŽ vierge, un semblable dĂ©lire ? Ne possĂ©dais-tu pas cet idĂ©al cherchĂ© ? Va ! dans ces cƓurs troublĂ©s tes regards savaient lire, Et les Dieux bienveillants ne t’avaient rien cachĂ©. Ô sage enfant, si pure entre tes sƓurs mortelles ! Ô noble front, sans tache entre les fronts sacrĂ©s ! Quelle Ăąme avait chantĂ© sur des lĂšvres plus belles, Et brĂ»lĂ© plus limpide en des yeux inspirĂ©s ? Sans effleurer jamais ta robe immaculĂ©e, Les souillures du siĂšcle ont respectĂ© tes mains Tu marchais, l’Ɠil tournĂ© vers la Vie Ă©toilĂ©e, Ignorante des maux et des crimes humains. Le vil GalilĂ©en t’a frappĂ©e et maudite, Mais tu tombas plus grande ! Et maintenant, hĂ©las ! Le souffle de Platon et le corps d’Aphrodite Sont partis Ă  jamais pour les beaux cieux d’Hellas ! Dors, ĂŽ blanche victime, en notre Ăąme profonde, Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos ; Dors ! L’impure laideur est la reine du monde, Et nous avons perdu le chemin de Paros. Les Dieux sont en poussiĂšre et la terre est muette ; Rien ne parlera plus dans ton ciel dĂ©sertĂ©. Dors ! mais vivante en lui, chante au cƓur du poĂšte L’hymne mĂ©lodieux de la sainte BeautĂ©. Elle seule survit, immuable, Ă©ternelle. La mort peut disperser les univers tremblants, Mais la BeautĂ© flamboie, et tout renaĂźt en elle, Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs ! PoĂšmes antiques __________ MIDI Midi, roi des Ă©tĂ©s, Ă©pandu sur la plaine, Tombe en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu. Tout se tait. L’air flamboie et brĂ»le sans haleine ; La terre est assoupie en sa robe de feu. L’étendue est immense, et les champs n’ont point d’ombre, Et la source est tarie oĂč buvaient les troupeaux ; La lointaine forĂȘt, dont la lisiĂšre est sombre, Dort lĂ -bas, immobile, en un pesant repos. Seuls, les grands blĂ©s mĂ»ris, tels qu’une mer dorĂ©e, Se dĂ©roulent au loin, dĂ©daigneux du sommeil ; Pacifiques enfants de la terre sacrĂ©e, Ils Ă©puisent sans peur la coupe du soleil. Parfois, comme un soupir de leur Ăąme brĂ»lante, Du sein des Ă©pis lourds qui murmurent entre eux, Une ondulation majestueuse et lente S’éveille, et va mourir Ă  l’horizon poudreux. Non loin, quelques bƓufs blancs, couchĂ©s parmi les herbes, Bavent avec lenteur sur leurs fanons Ă©pais, Et suivent de leurs yeux languissants et superbes Le songe intĂ©rieur qu’ils n’achĂšvent jamais. Homme, si, le cƓur plein de joie ou d’amertume, Tu passais vers midi dans les champs radieux, Fuis ! La nature est vide et le soleil consume Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux. Mais si, dĂ©sabusĂ© des larmes et du rire, AltĂ©rĂ© de l’oubli de ce monde agitĂ©, Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire, GoĂ»ter une suprĂȘme et morne voluptĂ©, Viens ! Le soleil te parle en paroles sublimes ; Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ; Et retourne Ă  pas lents vers les citĂ©s infimes, Le cƓur trempĂ© sept fois dans le nĂ©ant divin. PoĂšmes antiques ______ DIES IRÆ Il est un jour, une heure, oĂč dans le chemin rude, CourbĂ© sous le fardeau des ans multipliĂ©s, L’Esprit humain s’arrĂȘte, et, pris de lassitude, Se retourne pensif vers les jours oubliĂ©s. La vie a fatiguĂ© son attente infĂ©conde ; DĂ©sabusĂ© du Dieu qui ne doit point venir, Il sent renaĂźtre en lui la jeunesse du monde ; Il Ă©coute ta voix, ĂŽ sacrĂ© souvenir ! Les astres qu’il aima, d’un rayon pacifique Argentent dans la nuit les bois mystĂ©rieux, Et la sainte montagne et la vallĂ©e antique OĂč sous les noirs palmiers dormaient les premiers Dieux. Il voit la terre libre, et les verdeurs sauvages Flotter comme un encens sur les fleuves sacrĂ©s, Et les bleus OcĂ©ans, chantant sur leurs rivages, Vers l’inconnu divin rouler immesurĂ©s. De la hauteur des monts, berceaux des races pures, Au murmure des flots, au bruit des dĂŽmes verts, Il Ă©coute grandir, vierge encor de souillures, La jeune HumanitĂ© sur le jeune Univers. Bienheureux ! Il croyait la terre impĂ©rissable, Il entendait parler au prochain firmament ; Il n’avait point tachĂ© sa robe irrĂ©prochable ; Dans la beautĂ© du monde il vivait fortement. L’éclair qui fait aimer et qui nous illumine Le brĂ»lait sans faiblir un siĂšcle comme un jour ; Et la foi confiante et la candeur divine Veillaient au sanctuaire oĂč rayonnait l’amour. Pourquoi s’est-il lassĂ© des voluptĂ©s connues ? Pourquoi les vains labeurs et l’avenir tentĂ© ? Les vents ont Ă©paissi lĂ -haut les noires nues ; Dans une heure d’orage ils ont tout emportĂ©. Oh ! la tente au dĂ©sert et sur les monts sublimes, Les grandes visions sous les cĂšdres pensifs, Et la LibertĂ© vierge et ses cris magnanimes, Et le dĂ©bordement des transports primitifs ! L’angoisse du dĂ©sir vainement nous convie Au livre originel qui lira dĂ©sormais ? L’homme a perdu le sens des paroles de vie L’esprit se tait, la lettre est morte pour jamais. Nul n’écartera plus vers les couchants mystiques La pourpre suspendue au devant de l’autel, Et n’entendra passer dans les vents prophĂ©tiques Les premiers entretiens de la Terre et du Ciel. Les lumiĂšres d’en haut s’en vont diminuĂ©es, L’impĂ©nĂ©trable nuit tombe dĂ©jĂ  des cieux, L’astre du vieil Ormuzd est mort sous les nuĂ©es L’Orient s’est couchĂ© dans la cendre des Dieux. L’Esprit ne descend plus sur la race choisie ; Il ne consacre plus les justes et les forts. Dans le sein dessĂ©chĂ© de l’immobile Asie Les soleils infĂ©conds brĂ»lent les germes morts. Les AscĂštes, assis dans les roseaux du fleuve, Écoutent murmurer le flot tardif et pur. Pleurez, contemplateurs ! Votre sagesse est veuve Viçnou ne siĂšge plus sur le Lotus d’azur. L’harmonieuse Hellas, vierge aux tresses dorĂ©es, À qui l’amour d’un monde a dressĂ© des autels, GĂźt, muette Ă  jamais, au bord des mers sacrĂ©es, Sur les membres divins de ses blancs Immortels. Plus de charbon ardent sur la lĂšvre-prophĂšte ! AdonaĂŻ, les vents ont emportĂ© ta voix ; Et le NazarĂ©en, pĂąle et baissant la tĂȘte, Pousse un cri de dĂ©tresse une derniĂšre fois. Figure aux cheveux roux, d’ombre et de paix voilĂ©e, Errante au bord des lacs sous ton nimbe de feu, Salut ! L’humanitĂ©, dans ta tombe scellĂ©e, Ô jeune EssĂ©nien, garde son dernier Dieu ! Et l’Occident barbare est saisi de vertige. Les Ăąmes sans vertu dorment d’un lourd sommeil, Comme des arbrisseaux, viciĂ©s dans leur tige, Qui n’ont verdi qu’un jour et n’ont vu qu’un soleil. Et les sages, couchĂ©s sous les secrets portiques, Regardent, possĂ©dant le calme souhaitĂ©, Les Ă©poques d’orage et les temps pacifiques Rouler d’un cours Ă©gal l’homme Ă  l’éternitĂ©. Mais nous, nous, consumĂ©s d’une impossible envie, En proie au mal de croire et d’aimer sans retour, RĂ©pondez, jours nouveaux, nous rendrez-vous la vie ? Dites, ĂŽ jours anciens, nous rendrez-vous l’amour ? OĂč sont nos lyres d’or, d’hyacinthe fleuries, Et l’hymne aux Dieux heureux et les vierges en chƓur, Éleusis et DĂ©los, les jeunes ThĂ©ories, Et les poĂšmes saints qui jaillissaient du cƓur ? OĂč sont les Dieux promis, les formes idĂ©ales, Les grands cultes de pourpre et de gloire vĂȘtus, Et dans les cieux ouvrant ses ailes triomphales La blanche ascension des sereines Vertus ? Les Muses, Ă  pas lents, mendiantes divines, S’en vont par les citĂ©s en proie au rire amer. Ah ! c’est assez saigner sous le bandeau d’épines, Et pousser un sanglot sans fin comme la mer. Oui ! le mal Ă©ternel est dans sa plĂ©nitude ! L’air du siĂšcle est mauvais aux esprits ulcĂ©rĂ©s. Salut, oubli du monde et de la multitude ! Reprends-nous, ĂŽ Nature, entre tes bras sacrĂ©s ! Dans ta khlamyde d’or, Aube mystĂ©rieuse, Éveille un chant d’amour au fond des bois Ă©pais ! DĂ©roule encor, Soleil, ta robe glorieuse ! Montagne, ouvre ton sein plein d’arĂŽme et de paix ! Soupirs majestueux des ondes apaisĂ©es, Murmurez plus profonds en nos cƓurs soucieux ! RĂ©pandez, ĂŽ forĂȘts, vos urnes de rosĂ©es ! Ruisselle en nous, silence Ă©tincelant des cieux ! Consolez-nous enfin des espĂ©rances vaines La route infructueuse a blessĂ© nos pieds nus. Du sommet des grands caps, loin des rumeurs humaines, Ô vents ! emportez-nous vers les Dieux inconnus ! Mais si rien ne rĂ©pond dans l’immense Ă©tendue, Que le stĂ©rile Ă©cho de l’éternel dĂ©sir, Adieu, dĂ©serts, oĂč l’ñme ouvre une aile Ă©perdue ! Adieu, songe sublime, impossible Ă  saisir ! Et toi, divine Mort, oĂč tout rentre et s’efface, Accueille tes enfants dans ton sein Ă©toile ; Affranchis-nous du temps, du nombre et de l’espace, Et rends-nous le repos que la vie a troublĂ© ! PoĂšmes antiques ______ LE JUGEMENT DE KOMOR La lune sous la nue errait en mornes flammes, Et la tour de Komor, du Jarle de Kemper, Droite et ferme, montait dans l’écume des lames. Sous le fouet redoublĂ© des rafales d’hiver La tour du vieux Komor dressait sa masse haute, Telle qu’un cormoran qui regarde la mer. Un grondement immense enveloppait la cĂŽte. Sur les flots palpitaient, blĂȘmes, de toutes parts, Les Ăąmes des noyĂ©s qui moururent en faute. Et la grĂȘle tintait contre les noirs remparts, Et le vent secouait la herse aux lourdes chaĂźnes Et tordait les grands houx sur les talus Ă©pars. Dans les fourrĂ©s craquaient les rameaux morts des chĂȘnes, Tandis que par instants un maigre carnassier Hurlait lugubrement sur les dunes prochaines. Or, au feu d’une torche en un flambeau grossier, Le Jarle, dans sa tour vieille que la mer ronge, Marchait, les bras croisĂ©s sur sa cotte d’acier. Muet, sourd au fracas qui roule et se prolonge, Comprimant de ses poings la rage de son cƓur, Le Jarle s’agitait comme en un mauvais songe. C’était un haut vieillard, sombre et plein de vigueur. Sur sa joue aux poils gris, lourde, une larme vive De l’angoisse soufferte accusait la rigueur. Au fond, contre le mur, tel qu’une ombre pensive, Un grand Christ. Une cloche auprĂšs. Sur un bloc bas Une Ă©pĂ©e au pommeau de fer, nue et massive. — Ce moine, dit Komor, n’en finira-t-il pas ? — Il ploya, ce disant, les genoux sur la dalle, Devant le crucifix de chĂȘne, et pria bas. On entendit sonner le bruit d’une sandale Un homme Ă  robe brune Ă©carta lentement L’épais rideau de cuir qui fermait cette salle. — Jarle ! j’ai fait selon votre commandement, AprĂšs celui de Dieu, dit le moine. À cette heure, Ne souillez pas vos mains, Jarle ! soyez clĂ©ment. — — Sire moine, il suffit. Sors. Il faut qu’elle meure, Celle qui, mĂ©prisant le saint nƓud qui nous joint, Fit entrer lĂąchement la honte en ma demeure. Mais la main d’un vil serf ne la touchera point — Et le moine sortit ; et Komor, sur la cloche, Comme d’un lourd marteau, frappa deux fois du poing. Le tintement sinistre alla, de proche en proche, Se perdre aux bas arceaux oĂč les ancĂȘtres morts Dormaient, les bras en croix, sans peur et sans reproche. Puis tout se tut. Le vent faisait rage au dehors ; Et la mer, soulevant ses lames furibondes, Ébranlait l’escalier crevassĂ© de ses bords. Une femme, Ă  pas lents, trĂšs belle, aux tresses blondes, De blanc vĂȘtue, aux yeux calmes, tristes et doux, Entra, se dĂ©tachant des tĂ©nĂšbres profondes. Elle vit, sans trembler ni flĂ©chir les genoux, Le crucifix, le bloc, l’épĂ©e hors de la gaine, Et, muette, se tint devant le vieil Ă©poux. Lui, plus pĂąle, frĂ©mit, plein d’amour et de haine, L’enveloppa longtemps d’un regard sans merci, Puis dit d’une voix sourde — Il faut mourir, Tiphaine. — — Sire Jarle, que Dieu vous garde ! Me voici. J’ai suppliĂ© JĂ©sus, Notre-Dame et sainte Anne ; DĂ©sormais je suis prĂȘte. Or, n’ayez nul souci. — Tiphaine, indigne enfant des braves chefs de Vanne, Opprobre de ta race et honte de Komor, Conjure le Sauveur, afin qu’il ne te damne ; J’ai souffert trĂšs longtemps je puis attendre encor. — Le Jarle recula dans l’angle du mur sombre, Et Tiphaine pria sous ses longs cheveux d’or. Et sur le bloc l’épĂ©e Ă©tincelait dans l’ombre, Et la torche Ă©pandait sa sanglante clartĂ©, Et la nuit dĂ©roulait toujours ses bruits sans nombre. Tiphaine s’oublia dans un rĂȘve enchanté  Elle ceignit son front de roses en guirlande, Comme aux jours de sa joie et de sa puretĂ©. Elle erra, respirant ton frais arome, ĂŽ lande ! Elle revint suspendre, ĂŽ Vierge, Ă  ton autel Le voile aux fleurs d’argent et son Ăąme en offrande. Et voici qu’elle aima d’un amour immortel ! Saintes heures de foi, d’espĂ©rance cĂ©leste, Elle vit dans son cƓur se rouvrir votre ciel ! Puis un brusque nuage, une union funeste Le grave et vieil Ă©poux au lieu du jeune amant
 De l’aurore divine, hĂ©las ! rien qui lui reste ! Le retour de celui qu’elle aimait ardemment, Les combats, les remords, la passion plus forte, La chute irrĂ©parable et son enivrement
 JĂ©sus ! tout est fini maintenant ; mais qu’importe ! Le sang du fier jeune homme a coulĂ© sous le fer, Et Komor peut frapper Tiphaine est dĂ©jĂ  morte. — Femme, te repens-tu ? C’est le ciel ou l’enfer. De ton sang rĂ©signĂ© laveras-tu ton crime ? Je ne veux pas tuer ton Ăąme avec ta chair. — — Frappe. Je l’aime encor ta haine est lĂ©gitime. Certes, je l’aimerai dans mon Ă©ternitĂ© ! Dieu m’ait en sa merci ! Pour toi, prends ta victime. — — Meurs donc dans ta traĂźtrise et ton impuretĂ© ! Dit Komor, avançant d’un pas grave vers elle ; Car Dieu va te juger selon son Ă©quitĂ©. — Tiphaine souleva de son Ă©paule frĂȘle Ses beaux cheveux dorĂ©s, et posa pour mourir Sur le funĂšbre bloc sa tĂȘte pĂąle et belle. On eĂ»t pu voir alors flamboyer et courir Avec un sifflement l’épĂ©e Ă  large lame, Et du col convulsif le sang tiĂšde jaillir. Tiphaine tomba froide, ayant rendu son Ăąme. Cela fait, le vieux Jarle, entre ses bras sanglants, Prit le corps et la tĂȘte aux yeux hagards, sans flamme. Il monta sur la tour, et dans les flots hurlants PrĂ©cipita d’en haut la dĂ©pouille livide De celle qui voulut trahir ses cheveux blancs. Morne, il la regarda tournoyer par le vide
 Puis la tĂȘte et le corps entrĂšrent Ă  la fois Dans la nuit furieuse et dans le gouffre avide. Alors le Jarle fit un long signe de croix ; Et, comme un insensĂ©, poussant un cri sauvage Que le vent emporta par delĂ  les grands bois, Debout sur les crĂ©neaux balayĂ©s par l’orage, Les bras tendus au ciel, il sauta dans la mer Qui ne rejeta point ses os sur le rivage. Tels finirent Tiphaine et Komor de Kemper. PoĂšmes barbares ______ LA VÉRANDAH Au tintement de l’eau dans les porphyres roux Les rosiers de l’Iran mĂȘlent leurs frais murmures, Et les ramiers rĂȘveurs leurs roucoulements doux. Tandis que l’oiseau grĂȘle et le frelon jaloux, Sifflant et bourdonnant, mordent les figues mĂ»res, Les rosiers de l’Iran mĂȘlent leurs frais murmures Au tintement de l’eau dans les porphyres roux. Sous les treillis d’argent de la vĂ©randah close, Dans l’air tiĂšde embaumĂ© de l’odeur des jasmins, OĂč la splendeur du jour darde une flĂšche rose, La Persane royale, immobile, repose, DerriĂšre son col brun croisant ses belles mains, Dans l’air tiĂšde, embaumĂ© de l’odeur des jasmins, Sous les treillis d’argent de la vĂ©randah close. Jusqu’aux lĂšvres que l’ambre arrondi baise encor, Du cristal d’oĂč s’échappe une vapeur subtile Qui monte en tourbillons lĂ©gers et prend l’essor, Sur les coussins de soie Ă©carlate, aux fleurs d’or, La branche du hĂ»ka rĂŽde comme un reptile. Du cristal d’oĂč s’échappe une vapeur subtile Jusqu’aux lĂšvres que l’ambre arrondi baise encor. Deux rayons noirs, chargĂ©s d’une muette ivresse, Sortent de ses longs yeux entrouverts Ă  demi ; Un songe l’enveloppe, un souffle la caresse ; Et parce que l’effluve invincible l’oppresse, Parce que son beau sein qui se gonfle a frĂ©mi, Sortent de ses longs yeux entr’ouverts Ă  demi Deux rayons noirs, chargĂ©s d’une muette ivresse. Et l’eau vive s’endort dans les porphyres roux, Les rosiers de l’Iran ont cessĂ© leurs murmures, Et les ramiers rĂȘveurs leurs roucoulements doux. Tout se tait. L’oiseau grĂȘle et le frelon jaloux Ne se querellent plus autour des figues mĂ»res ; Les rosiers de l’Iran ont cessĂ© leurs murmures, Et l’eau vive s’endort dans les porphyres roux. PoĂšmes barbares ______ LES ÉLÉPHANTS Le sable rouge est comme une mer sans limite, Et qui flambe, muette, affaissĂ©e en son lit. Une ondulation immobile remplit L’horizon aux vapeurs de cuivre oĂč l’homme habite. Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus Dorment au fond de l’antre Ă©loignĂ© de cent lieues, Et la girafe boit dans les fontaines bleues, LĂ -bas, sous les dattiers des panthĂšres connus. Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile L’air Ă©pais oĂč circule un immense soleil. Parfois quelque boa, chauffĂ© dans son sommeil, Fait onduler son dos dont l’écaillĂ© Ă©tincelle. Tel l’espace enflammĂ© brĂ»le sous les cieux clairs. Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes, Les Ă©lĂ©phants rugueux, voyageurs lents et rudes, Vont au pays natal Ă  travers les dĂ©serts. D’un point de l’horizon, comme des masses brunes, Ils viennent, soulevant la poussiĂšre, et l’on voit, Pour ne point dĂ©vier du chemin le plus droit, Sous leur pied large et sĂ»r crouler au loin les dunes. Celui qui tient la tĂȘte est un vieux chef. Son corps Est gercĂ© comme un tronc que le temps ronge et mine ; Sa tĂȘte est comme un roc, et l’arc de son Ă©chine Se voĂ»te puissamment Ă  ses moindres efforts. Sans ralentir jamais et sans hĂąter sa marche, Il guide au but certain ses compagnons poudreux ; Et, creusant par derriĂšre un sillon sablonneux, Les pĂšlerins massifs suivent leur patriarche. L’oreille en Ă©ventail, la trompe entre les dents, Ils cheminent, l’Ɠil clos. Leur ventre bat et fume, Et leur sueur dans l’air embrasĂ© monte en brume ; Et bourdonnent autour mille insectes ardents. Mais qu’importent la soif et la mouche vorace, Et le soleil cuisant leur dos noir et plissĂ© ? Ils rĂȘvent en marchant du pays dĂ©laissĂ©, Des forĂȘts de figuiers oĂč s’abrita leur race. Ils reverront le fleuve Ă©chappĂ© des grands monts, OĂč nage en mugissant l’hippopotame Ă©norme, OĂč, blanchis par la lune et projetant leur forme, Ils descendaient pour boire en Ă©crasant les joncs. Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent Comme une ligne noire, au sable illimitĂ© ; Et le dĂ©sert reprend son immobilitĂ© Quand les lourds voyageurs Ă  l’horizon s’effacent. PoĂšmes barbares ______ LE MANCHY Sous un nuage frais de claire mousseline, Tous les dimanches au matin, Tu venais Ă  la ville en manchy de rotin, Par les rampes de la colline. La cloche de l’église alertement tintait ; Le vent de mer berçait les cannes ; Comme une grĂȘle d’or, aux pointes des savanes, Le feu du soleil crĂ©pitait. Le bracelet aux poings, l’anneau sur la cheville, Et le mouchoir jaune aux chignons, Deux Telingas portaient, assidus compagnons, Ton lit aux nattes de Manille. Ployant leur jarret maigre et nerveux, et chantant, Souples dans leurs tuniques blanches, Le bambou sur l’épaule et les mains sur les hanches, Ils allaient le long de l’Étang. Le long de la chaussĂ©e et des varangues basses OĂč les vieux crĂ©oles fumaient, Par les groupes joyeux des Noirs, ils s’animaient Au bruit des bobres MadĂ©casses. Dans l’air lĂ©ger flottait l’odeur des tamarins ; Sur les houles illuminĂ©es, Au large, les oiseaux, en d’immenses traĂźnĂ©es, Plongeaient dans les brouillards marins. Et tandis que ton pied, sorti de la babouche, Pendait, rose, au bord du manchy, À l’ombre des Bois-noirs touffus et du Letchi Aux fruits moins pourprĂ©s que ta bouche ; Tandis qu’un papillon, les deux ailes en fleur, TeintĂ© d’azur et d’écarlate, Se posait par instants sur ta peau dĂ©licate En y laissant de sa couleur ; On voyait, au travers du rideau de batiste, Tes boucles dorer l’oreiller, Et, sous leurs cils mi-clos, feignant de sommeiller, Tes beaux yeux de sombre amĂ©thyste. Tu t’en venais ainsi, par ces matins si doux, De la montagne Ă  la grand’messe, Dans ta grĂące naĂŻve et ta rose jeunesse, Au pas rythmĂ© de tes Hindous. Maintenant, dans le sable aride de nos grĂšves, Sous les chiendents, au bruit des mers, Tu reposes parmi les morts qui me sont chers, Ô charme de mes premiers rĂȘves ! PoĂšmes barbares ______ LE SOMMEIL DU CONDOR Par delĂ  l’escalier des roides CordillĂšres, Par delĂ  les brouillards hantĂ©s des aigles noirs, Plus haut que les sommets creusĂ©s en entonnoirs OĂč bout le flux sanglant des laves familiĂšres, L’envergure pendante et rouge par endroits, Le vaste oiseau, tout plein d’une morne indolence, Regarde l’AmĂ©rique et l’espace en silence, Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux froids. La nuit roule de l’Est, oĂč les pampas sauvages Sous les monts Ă©tagĂ©s s’élargissent sans fin ; Elle endort le Chili, les villes, les rivages, Et la mer Pacifique et l’horizon divin ; Du continent muet elle s’est emparĂ©e Des sables aux coteaux, des gorges aux versants, De cime en cime, elle enfle, en tourbillons croissants, Le lourd dĂ©bordement de sa haute marĂ©e. Lui, comme un spectre, seul, au front du pic altier, BaignĂ© d’une lueur qui saigne sur la neige, Il attend cette mer sinistre qui l’assiĂšge Elle arrive, dĂ©ferle, et le couvre en entier. Dans l’abĂźme sans fond la Croix australe allume Sur les cĂŽtes du ciel son phare constellĂ©. Il rĂąle de plaisir, il agite sa plume, Il Ă©rige son cou musculeux et pelĂ©, Il s’enlĂšve en fouettant l’ñpre neige des Andes, Dans un cri rauque il monte oĂč n’atteint pas le vent, Et, loin du globe noir, loin de l’astre vivant, Il dort dans l’air glacĂ©, les ailes toutes grandes. PoĂšmes barbares ______ UN COUCHER DE SOLEIL Sur la cĂŽte d’un beau pays, Par delĂ  les flots pacifiques, Deux hauts palmiers Ă©panouis Bercent leurs palmes magnifiques. À leur ombre, tel qu’un Nabab Qui, vers midi, rĂȘve et repose, Dort un grand tigre du Pendj-Ab, AllongĂ© sur le sable rose ; Et, le long des fĂ»ts lumineux, Comme au paradis des genĂšses, Deux serpents enroulent leurs nƓuds Dans une spirale de braises. AuprĂšs, un golfe de satin, OĂč le feuillage se reflĂšte, Baigne un vieux palais byzantin De brique rouge et violette. Puis, des cygnes noirs, par milliers, L’aile ouverte au vent qui s’y joue, Ourlent, au bas des escaliers, L’eau diaphane avec leur proue. L’horizon est immense et pur ; À peine voit-on, aux cieux calmes, Descendre et monter dans l’azur La palpitation des palmes. Mais voici qu’au couchant vermeil L’oiseau Rok s’enlĂšve, Ă©carlate Dans son bec il tient le soleil, Et des foudres dans chaque patte. Sur le poitrail du vieil oiseau, Qui fume, pĂ©tille et s’embrase, L’astre coule et fait un ruisseau Couleur d’or, d’ambre et de topaze Niagara resplendissant, Ce fleuve s’écroule aux nuĂ©es, Et rejaillit en y laissant Des Ă©cumes d’éclairs trouĂ©es. Soudain le gĂ©ant Orion, Ou quelque sagittaire antique, Du cĂŽtĂ© du septentrion Dresse sa stature athlĂ©tique. Le chasseur tend son arc de fer Tout rouge au sortir de la forge, Et, faisant un pas sur la mer, Transperce le Rok Ă  la gorge. D’un coup d’aile l’oiseau sanglant S’enfonce Ă  travers l’étendue ; Et le soleil tombe en brĂ»lant, Et brise sa masse Ă©perdue. Alors des volutes de feu DĂ©vorent d’immenses prairies, S’élancent, et, du zĂ©nith bleu, Pleuvent en flots de pierreries. Sur la face du ciel mouvant Gisent de flamboyants dĂ©combres ; Un dernier jet exhale au vent Des tourbillons de pourpre et d’ombres ; Et, se dilatant par bonds lourds, Muette, sinistre, profonde, La nuit traĂźne son noir velours Sur la solitude du monde. PoĂšmes barbares ______ LA XIMENA En Castille, Ă  Burgos, Hernan, le Justicier, Assis, les reins cambrĂ©s, dans sa chaise Ă  dossier, Juge Ă©quitablement dĂ©mĂȘlĂ©s et tueries, Foi gardĂ©e en LĂ©on, traĂźtrise en Asturies, Riches-hommes, chauffĂ©s d’avarice, arrachant Son escarcelle au Juif et sa laine au marchand, Et ceux qui, rendant gorge aprĂšs leur Ă©quipĂ©e, Ont sauvĂ© le chaudron, la banniĂšre et l’épĂ©e. Or, les arrĂȘts transmis par les scribes, selon Les formes, au fĂ©al aussi bien qu’au fĂ©lon, Les massiers dĂ©pĂȘchĂ©s, les sentences rendues, Les dĂ©linquants ayant payĂ© les sommes dues, Pour tout clore, il advient que trente fidalgos Entrent, de deuil vĂ©tus, et par deux rangs Ă©gaux. La Ximena Gomez marche au centre. Elle pleure Son pĂšre mort pour qui la vengeance est un leurre. La sombre cape enclĂŽt de plis roides et longs Son beau corps alangui, de l’épaule aux talons ; Et, de l’ombre que fait la coiffe et qu’il Ă©claire, Sort comme un feu d’amour, d’angoisse et de colĂšre. Devant la chaise haute, en son chagrin cuisant, Elle heurte aux carreaux ses deux genoux, disant — Seigneur ! donc, c’est d’avoir vĂ©cu sans peur ni blĂąme, Que, six mois bien passĂ©s, mon pĂšre a rendu l’ñme Par les mains de celui qui, hardi cavalier, S’en vient, pour engraisser son faucon familier, Meurtrir au colombier mes colombes fidĂšles Et me teindre la cotte au sang qui coule d’elles ! Don Rui Diaz de Vivar, cet orgueilleux garçon, MĂ©prise grandement, et de claire façon, De tous tes sĂ©nĂ©chaux la vaine chevauchĂ©e, Cette meute sans nez sur la piste lĂąchĂ©e, Et qu’il raille, sachant, par flagrantes raisons, Que tu ne le veux point forcer en ses maisons. Suis-je d’un sang si vil, de race tant obscure, Roi, que du chĂątiment il n’ait souci ni cure ? Je te le dis, c’est faire affront Ă  ton honneur Que de celer le traĂźtre Ă  ma haine, Seigneur ! Il n’est point roi celui qui dĂ©faille en justice, Afin qu’il plaise au fort et que l’humble pĂątisse Sous l’insolente main, chaude du sang versĂ© ! Et toi, plus ne devrais combattre, cuirassĂ© Ni casquĂ©, manger, boire, et te gaudir en somme, Avec la Reine, et dans son lit dormir ton somme, Puisque ayant quatre fois tes promesses reçu, L’espoir de ma vengeance est quatre fois déçu, Et que d’un homme, ĂŽ Roi, haut et puissant naguĂšre, Le plus sage aux CortĂšs, le meilleur dans la guerre, Tu ne prends point la race orpheline en merci ! — La Ximena se tait quand elle a dit ceci. Hernan rĂ©pond Hernan rĂ©pond — Par Dieu qui juge ! damoiselle, Ta douloureuse amour explique assez ton zĂšle, Et c’est parler fort bien. Fille, tes yeux si beaux Luiraient aux trĂ©passĂ©s roidis dans leurs tombeaux, Et tes pleurs aux vivants mouilleraient la paupiĂšre, Eussent-ils sous l’acier des cƓurs durs comme pierre. Apaise nĂ©anmoins le chagrin qui te mord. Si Lozano Gomez, le vaillant Comte est mort, Songe qu’il offensa d’une atteinte trĂšs grave L’honneur d’un cavalier de souche honnĂȘte et brave, Plus riche qu’Iñigo, plus noble qu’Abarca, Du vieux Diego Lainez Ă  qui force manqua. Le Comte est mort d’un coup loyal, et, tout l’atteste, Dieu dans son paradis l’a reçu sans conteste. Si je garde don Rui, fille, c’est qu’il est tien. Certes, un temps viendra qu’il sera ton soutien, Changeant dĂ©tresse en joie et gloire triomphante. — Puis, cela dit, tous deux entrĂšrent chez l’Infante. PoĂšmes barbares ____________ L’ILLUSION SUPRÊME Quand l’homme approche enfin des sommets oĂč la vie Va plonger dans votre ombre inerte, ĂŽ mornes cieux ! Debout sur la hauteur aveuglĂ©ment gravie, Les premiers jours vĂ©cus Ă©blouissent ses yeux. Tandis que la nuit monte et dĂ©borde les grĂšves, Il revoit, au delĂ  de l’horizon lointain, Tourbillonner le vol des dĂ©sirs et des rĂȘves Dans la rose clartĂ© de son heureux matin. Monde lugubre, oĂč nul ne voudrait redescendre Par le mĂȘme chemin solitaire, Ăąpre et lent, Vous, stĂ©riles soleils, qui n’ĂȘtes plus que cendre, Et vous, ĂŽ pleurs muets, tombĂ©s d’un cƓur sanglant ! Celui qui va goĂ»ter le sommeil sans aurore Dont l’homme ni le Dieu n’ont pu rompre le sceau, Chair qui va disparaĂźtre, Ăąme qui s’évapore, S’emplit des visions qui hantaient son berceau. Rien du passĂ© perdu qui soudain ne renaisse La montagne natale et les vieux tamarins, Les chers morts qui l’aimaient au temps de sa jeunesse Et qui dorment lĂ -bas dans les sables marins. Sous les lilas gĂ©ants oĂč vibrent les abeilles, Voici le vert coteau, la tranquille maison, Les grappes de Letchis, et les mangues vermeilles, Et l’oiseau bleu dans le maĂŻs en floraison ; Aux pentes des Pitons, parmi les cannes grĂȘles Dont la peau d’ambre mĂ»r s’ouvre au jus attiĂ©di, Le vol vif et strident des roses sauterelles Qui s’enivrent de la lumiĂšre de midi ; Les cascades, en un brouillard de pierreries, Versant du haut des rocs leur neige en Ă©ventail ; Et la bise embaumĂ©e autour des sucreries, Et le fourmillement des Hindous au travail ; Le cafĂ© rouge, par monceaux, sur l’aire sĂšche, Dans les mortiers massifs le son des calaous, Les grands parents assis sous la varangue fraĂźche, Et les rires d’enfants Ă  l’ombre des bambous ; Le ciel vaste oĂč le mont dentelĂ© se profile, Lorsque ta pourpre, ĂŽ soir, le revĂȘt tout entier ! Et le chant triste et doux des Bandes Ă  la file Qui s’en viennent des hauts et s’en vont au quartier. Voici les bassins clairs entre les blocs de lave ; Par les sentiers de la savane, vers l’enclos, Le beuglement des bƓufs bossus de Tamatave MĂȘlĂ© dans l’air sonore au murmure des flots, Et sur la cĂŽte, au pied des dunes de Saint-Gilles, Le long de son corail merveilleux et changeant, Comme un essaim d’oiseaux les pirogues agiles Trempant leur aile aiguĂ« aux Ă©cumes d’argent. Puis, tout s’apaise et dort. La lune se balance, Perle Ă©clatante, au fond des cieux d’astres emplis ; La mer soupire et semble accroĂźtre le silence, Et berce le reflet des mondes dans ses plis. Mille aromes lĂ©gers Ă©manent des feuillages OĂč la mouche d’or rĂŽde, Ă©tincelle et bruit ; Et les feux des chasseurs, sur les mornes sauvages, Jaillissent dans le bleu splendide de la nuit. Et tu renais aussi, fantĂŽme diaphane, Qui fis battre son cƓur pour la premiĂšre fois, Et, fleur cueillie avant que le soleil te fane, Ne parfumas qu’un jour l’ombre calme des bois ! Ô chĂšre Vision, toi qui rĂ©pands encore, De la plage lointaine oĂč tu dors Ă  jamais, Comme un mĂ©lancolique et doux reflet d’aurore Au fond d’un cƓur obscur et glacĂ© dĂ©sormais ! Les ans n’ont pas pesĂ© sur ta grĂące immortelle, La tombe bienheureuse a sauvĂ© ta beautĂ© Il te revoit, avec tes yeux divins, et telle Que tu lui souriais en un monde enchantĂ© ! Mais quand il s’en ira dans le muet mystĂšre OĂč tout ce qui vĂ©cut demeure enseveli, Qui saura que ton Ăąme a fleuri sur la terre, Ô doux rĂȘve, promis Ă  l’infaillible oubli ? Et vous, joyeux soleils des naĂŻves annĂ©es, Vous, Ă©clatantes nuits de l’infini bĂ©ant, Qui versiez votre gloire aux mers illuminĂ©es, L’esprit qui vous songea vous entraĂźne au nĂ©ant. Ah ! tout cela, jeunesse, amour, joie et pensĂ©e, Chants de la mer et des forĂȘts, souffles du ciel Emportant Ă  plein vol l’EspĂ©rance insensĂ©e, Qu’est-ce que tout cela, qui n’est pas Ă©ternel ? Soit ! la poussiĂšre humaine, en proie au temps rapide, Ses voluptĂ©s, ses pleurs, ses combats, ses remords, Les Dieux qu’elle a conçus et l’univers stupide Ne valent pas la paix impassible des morts. PoĂšmes tragiques ______ LE PARFUM IMPÉRISSABLE Quand la fleur du soleil, la rose de Lahor, De son Ăąme odorante a rempli goutte Ă  goutte La fiole d’argile ou de cristal ou d’or, Sur le sable qui brĂ»le on peut rĂ©pandre toute. Les fleuves et la mer inonderaient en vain Ce sanctuaire Ă©troit qui la tint enfermĂ©e Il garde en se brisant son arome divin, Et sa poussiĂšre heureuse en reste parfumĂ©e. Puisque par la blessure ouverte de mon cƓur Tu t’écoules de mĂȘme, ĂŽ cĂ©leste liqueur, Inexprimable amour, qui m’enflammais pour elle ! Qu’il lui soit pardonnĂ©, que mon mal soit bĂ©ni ! Par delĂ  l’heure humaine et le temps infini Mon cƓur est embaumĂ© d’une odeur immortelle ! PoĂšmes tragiques ______ SACRA FAMES L’immense mer sommeille. Elle hausse et balance Ses houles oĂč le ciel met d’éclatants Ăźlots. Une nuit d’or emplit d’un magique silence La merveilleuse horreur de l’espace et des flots. Les deux gouffres ne font qu’un abĂźme sans borne De tristesse, de paix et d’éblouissement, Sanctuaire et tombeau, dĂ©sert splendide et morne OĂč des millions d’yeux regardent fixement. Tels, le ciel magnifique et les eaux vĂ©nĂ©rables Dorment dans la lumiĂšre et dans la majestĂ©, Comme si la rumeur des vivants misĂ©rables N’avait troublĂ© jamais leur rĂȘve illimitĂ©. Cependant, plein de faim dans sa peau flasque et rude, Le sinistre RĂŽdeur des steppes de la mer Vient, va, tourne, et, flairant au loin la solitude, Entre-bĂąille d’ennui ses mĂąchoires de fer. Certes, il n’a souci de l’immensitĂ© bleue, Des Trois Rois, du Triangle ou du long Scorpion Qui tord dans l’infini sa flamboyante queue, Ni de l’Ourse qui plonge au clair Septentrion. Il ne sait que la chair qu’on broie et qu’on dĂ©pĂšce, Et, toujours absorbĂ© dans son dĂ©sir sanglant, Au fond des masses d’eau lourdes d’une ombre Ă©paisse Il laisse errer son Ɠil terne, impassible et lent. Tout est vide et muet. Rien qui nage ou qui flotte, Qui soit vivant ou mort, qu’il puisse entendre ou voir. Il reste inerte, aveugle, et son grĂȘle pilote Se pose pour dormir sur son aileron noir. Va, monstre ! tu n’es pas autre que nous ne sommes, Plus hideux, plus fĂ©roce, ou plus dĂ©sespĂ©rĂ©. Console-toi ! demain tu mangeras des hommes, Demain par l’homme aussi tu seras dĂ©vorĂ©. La Faim sacrĂ©e est un long meurtre lĂ©gitime Des profondeurs de l’ombre aux cieux resplendissants, Et l’homme et le requin, Ă©gorgeur ou victime, Devant ta face, ĂŽ Mort, sont tous deux innocents. PoĂšmes tragiques ____________ Agrandir l'image Aile Noire - Vent d'Argent le SuprĂȘme UR RĂ©fĂ©rence YSOVR-FR041 État Nouveau produit Pouvoir PoussiĂšre d'Etoile SOVR. Aile Noire - Vent d'Argent le SuprĂȘme UR Plus de dĂ©tails Ce produit n'est plus en stock Donnez votre avis En achetant ce produit vous pouvez gagner jusqu'Ă  grĂące Ă  notre programme de fidĂ©litĂ©. Votre panier totalisera qui pourront ĂȘtre convertis en bon de rĂ©duction. Envoyer Ă  un ami Imprimer En savoir plus Pouvoir PoussiĂšre d'Etoile SOVR. Aile Noire - Vent d'Argent le SuprĂȘme UR Avis - Cet article contient des Ă©lĂ©ments sur le dĂ©roulement des livres rĂ©cents, qui pourraient gĂącher votre plaisir de lecture. Le lire est Ă  vos risque et pĂ©rils. - "Les dieux ne sont-ils pas, par dĂ©finition, des entitĂ©s immatĂ©rielles vivant dans un monde invisible oĂč les humains n'ont pas accĂšs ?" Wanda Ă  Mali dans Renaissance. Les Dieux sont une race immortelle. Ils sont nombreux, ont des pouvoirs et des apparences diffĂ©rentes, mais ils ont tous un ancĂȘtre commun Patris. Ils obĂ©issent tous aux Lois Divines. Les Lois Divines[] Les Dieux vont par paires[] Il existe une contre-partie Ă  chaque dieu fondateur, catalyste et crĂ©ateur Patris et Tramail, Abussos et Lessien Idril, Naalnish et Napashni... GĂ©nĂ©ralement, il y a un jumeau lumineux Lazuli et un jumeau sombre Nayati mais pas toujours Aufaniae et Aiapaec. Cette rĂšgle existe car l'univers doit ĂȘtre Ă©quilibrĂ©. Les Dieux restent dans leur univers[] Les dieux fondateurs ont signĂ© un traitĂ© leur interdisant l'accĂšs au monde de leurs pairs sauf invitation de leur part. La seule galaxie dont les frontiĂšres sont fortifiĂ©es est celle d'AchĂ©ron. Il en va de mĂȘme pour les dieux des panthĂ©ons fĂ©lins, aviaires et reptiliens qui ne peuvent pas aller sur le domaine divin d'un autre panthĂ©on car ils ne respirent pas le mĂȘme air, le seul endroit divin oĂč peuvent se rencontrer les trois panthĂ©ons est l'Agora. Les Triades[] "Trois divinitĂ©s de la mĂȘme famille devaient en tout temps gouverner le panthĂ©on sous peine de disparaĂźtre avec tout ce qu'il avait créé." Dans Renaissance. Les panthĂ©ons reptiliens, fĂ©lins et aviaires doivent obligatoirement ĂȘtre dirigĂ©s par une triade Parandar, Theandras et Akuretari ou sa fille Fan pour les reptiliens, Lycaon, Orlare et AquilĂ©e ou sa mĂšre SĂ©lĂ©na chez les falconiformes, Étanna, Solis et Ahuratar ou sa fille Rogva chez les fĂ©lins. Toutefois, cette lois n’est plus valable depuis qu’Aufaniae et Aiapaec l’ont retirĂ© Ă  la demande d’Abussos et Lessien Idril. Les Dieux Fondateurs, Patris et Tramail[] Depuis Les Chevaliers d'AntarĂšs, nous savons qu'il y a un dieu au dessus de tous les autres, reprĂ©sentĂ© par un Ɠil‚ Patris, mais au tout dĂ©but des temps, il avait la forme d'un dragon ardoisĂ©. Tramail, le dĂ©voreur de mondes, est la contre-partie de la premiĂšre Ă©tincelle divine et est reprĂ©sentĂ© sous la forme un poulpe orange gigantesque qui possĂšde des centaines de tentacules. Patris a eu vingt enfants, rĂ©unis en couple qui dirige chacun une galaxie Abussos le dieu-hippocampe et Lessien Idril la dĂ©esse-louve-ailĂ©e AchĂ©ron un dieu-rhinocĂ©ros et Viatla la dĂ©esse-hippopotame Strigilia le dieu-crabe et AĂ©quorĂ©a la dĂ©esse-mĂ©duse Equus le dieu-cheval et Elnis la dĂ©esse-biche Pakhu le dieu-Ă©lĂ©phant et Zarapha la dĂ©esse-girafe Urus le dieu-bison et Orssa la dĂ©esse-ourse Nektos le dieu-serpent et Lacerta la dĂ©esse-iguane Hellente le dieu-wapiti et Kassie la dĂ©esse-castor Isatis le dieu-renard et AĂŻna la dĂ©esse-hyĂšne Hapaxe et AtalĂ©e les premiers dieux ailĂ©s Dieux du panthĂ©on d'Abussos[] Les dieux fondateurs[] Abussos, dieu-hippocampe Lessien Idril, dĂ©esse-louve blanche ailĂ©e. Les dieux catalystes[] Lazuli Kaolin/PhĂ©nix/Lazuli, dieu-phĂ©nix Wellan, dieu ptĂ©rodactyle ou Quetzal fils de Lazuli et de Kira. Nayati Nemeroff, dieu-dragon bleu HĂ©liodore, dieu-dragon-licorne fils de Nayati et Naalnish. NashobaOnyx, dieu-loup noir. Atlance, dieu-renard blanc ailĂ© fils de Nashoba et Swan, mortel. NahĂ©lĂ©Lassa, dieu-dauphin ailĂ©. MaĂ©lys, dĂ©esse-pliosaure fille de NahĂ©lĂ© et Kira. Kylian, dieu-pliosaure fils de NahĂ©lĂ© et Kira. Napashni Swan/Napalhuaca, dĂ©esse-griffon. Ayarcoutec, dĂ©esse-serpent ailĂ© fille de Napashni et Cuzpanki. NaalnishKaliska, dĂ©esse-licorne. Agate, dĂ©esse-colibri fille de Naalnish et Fabian. HĂ©liodore, dieu-dragon-licorne fils de Naalnish et Nayati. Les dieux crĂ©ateurs[] Aufaniae, dĂ©esse-dragon dorĂ©. Aiapaec, dieu-dragon dorĂ©. Obsidia, dĂ©esse-fennec ailĂ©. PanthĂ©on reptilien[] Triade Ă  l'origine de la crĂ©ation du panthĂ©on[] Parandar, dieu-gavial mortel, dieu suprĂȘme du panthĂ©on reptilien. Theandras, dĂ©esse-gavial mortelle. Akuretari, dieu-gavial mort. Fan, dĂ©esse-gavial fille d'Akuretari et Caserte mortelle. Triade recomposĂ©e suite Ă  la mort d'Akuretari[] Parandar, dieu-gavial mortel, dieu suprĂȘme du panthĂ©on reptilien. Fan, dĂ©esse gavial mortelle. Kira, dĂ©esse thĂ©ropode fille de Fan et Amecareth. Dylan, ex-Immortel mortel fils de Fan et Wellan. Myrialuna, dĂ©esse eyra fille de Fan et Kimaati. Theandras, dĂ©esse-gavial mortelle. Jenifael, dĂ©esse gavial mortelle fille de Theandras et Wellan. Les autres dieux[] AssĂ©quir, dĂ©esse-gavial morte. Cinn, dĂ©esse-gavial morte. Abnar, ex-Immortel mort fils de Cinn et Kogal. Clodissia, dĂ©esse gavial morte. Dressad, dieu-gavial mort. Estola, dĂ©esse gavial morte. Ialonus, dieu-gavial mort. Lagentia, dĂ©esse-gavial morte. Liam, dieu-gavial mort. Natelia, dĂ©esse-gavial morte. Danalieth, Immortel mortel fils de Natelia et Neberek. Nadian, dieu-gavial mort. Rogetia, dĂ©esse-gavial morte. Sauska, dĂ©esse-gavial morte. Ivana, dĂ©esse-gavial morte. Shushe, dĂ©esse-gavial morte. Valioce, dĂ©esse-gavial morte. Vatacoalt, dieu-gavial mort. Vinbieth, dieu-gavial mort. VindĂ©mia, dĂ©esse-gavial morte. PanthĂ©on aviaire[] Triade du panthĂ©on[] Lycaon, dieu-condor mort dieu suprĂȘme des falconiformes AurĂ©lys, dĂ©esse-aigle noir mortelle fille de Lycaon et Wanda. Cyndelle, dĂ©esse-effraie mortelle fille de Lycaon et Jahonne. Fabian/Albalys, dieu-milan royal mortel fils de Lycaon et Swan Agate, dĂ©esse-colibri fille de Fabian et Kaliska AquilĂ©e, dĂ©esse-aigle royal mortelle. Orlare, dĂ©esse-harfang mortelle Triade recomposĂ©e suite Ă  la mort de Lycaon[] AquilĂ©e, dĂ©esse-aigle royal mortelle dĂ©esse suprĂȘme du panthĂ©on Orlare, dĂ©esse-harfang mortelle SĂ©lĂ©na, dĂ©esse-harpie morte Les autres dieux [] Angaro, dĂ©esse chevĂȘche morte. Azcatchi, dieu-crave mortel Jaspe, dieu-corbeau fils d'Azcatchi et Nayaztlan. Ibalba, dieu-serpentaire mort Izana, dĂ©esse-chouette morte. Leproca, dieu-autour mort. Matsa, dĂ©esse-vautour morte. MĂ©tarassou, dĂ©esse-faucon morte. Nahuat, dieu-Ă©merillon mort Ninoushi, dĂ©esse-Ă©pervier morte. Nochto, dieu-crĂ©cerelle mort Risha, dieu-hibou mort. SĂ©lĂ©na, dĂ©esse-harpie morte. Sila, dĂ©esse-buse morte. Shvara, dieu-busard mortel. Sparwari Sage, demi-dieu Ă©pervier Lazuli, dieu-gerfaut mortel fils de Sparwari et Kira. PanthĂ©on fĂ©lin[] Triade du panthĂ©on[] Étanna, dĂ©esse-jaguar morte dĂ©esse suprĂȘme du panthĂ©on Ahuratar, dieu-lion mort Rogva, dĂ©esse puma morte. Solis Zach, dieu-jaguar. CornĂ©liane, dĂ©esse-guĂ©pard fille de Solis et Swan. Kirsan, dieu-chat du dĂ©sert Ipocan fils de Solis et Alassia. Marek, dieu lĂ©opard des neiges fils de Solis et Kira. Triade du panthĂ©on recomposĂ©e suite au banissement de Solis[] Étanna, dĂ©esse-jaguar morte dĂ©esse suprĂȘme du panthĂ©on Ahuratar, dieu-lion mort Rogva, dĂ©esse puma morte. Les autres dieux [] Anyaguara, dĂ©esse-panthĂšre noire. Mahito, dieu-tigre fils d'Anyaguara et Danalieth. Nolan, dieu-tigre de feu fils de Mahito et Jenifael. Corindon, dieu-caracal mort puis ressuscitĂ©, mortel. Enderah, dĂ©esse-lynx morte. Innick, dĂ©esse-oscille morte. KalĂ©vi, dieu-ocelot mort. Myrialuna, dĂ©esse-eyra. Larissa, dĂ©esse-eyra. Lavra, dĂ©esse-eyra. LĂ©ia, dĂ©esse-eyra. Lidia, dĂ©esse-eyra. LĂ©onilla, dĂ©esse-eyra. Ludmila, dĂ©esse-eyra Sacha, dieu lion. SergueĂŻ, dieu lion. Stanislas, dieu lion. Napishti, dieu-tigre mort OuĂ©do, dieu-serval mort Skaalda, dĂ©esse-lĂ©opard morte. Somava, dĂ©esse-margay morte. Wara, dĂ©esse-chat des sables morte Dieux du panthĂ©on d'AchĂ©ron[] Les dieux fĂ©lins du panthĂ©on d'Abussos sont aussi membres du panthĂ©on d'AchĂ©ron. Les dieux fondateurs[] AchĂ©ron, dieu-rhinocĂ©ros mort. Viatla, dĂ©esse-hippopotame morte. Les dieux catalystes[] Javad, dieu-rhinocĂ©ros mort. Eanraig, dieu-rhinocĂ©ros Amecareth,dieu-scarabĂ©e mort Kira, dĂ©esse thĂ©ropode fille de Amecareth et Fan. Jahonne mortelle. Miyaji/Éliane FĂ©e AzurĂ©e. Asbeth mort. SĂ©lace mort. Mayland mort. Lektath mort. Rewain, dieu-zĂšbre. Kimaati, dieu-lion mort. Myrialuna, dĂ©esse-eyra. Les Deusalas[] Les Deusalas sont des dieux ailĂ©s, descendants d'Hapaxe et AtalĂ©e. Ils vivent dans la galaxie d'AchĂ©ron. Les dieux fondateurs[] Hapaxe et AtalĂ©e Leurs descendants[] Sappheiros, dieu-cougar ailĂ© fils du sorcier Salocin & Asarine Arnica Argus AzurĂ©e OcĂ©ani/Tayaress Oroste roi des Deusalas Avali Alaina et Avali Kiev DanĂ©a Catriona Sandjiv et HaĂ©lĂ©ra roi et reine des Deusalas MikĂ©la Lizbeth A quoi passer la nuit quand on soupe en carĂȘme ? Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis. Quels entretiens choisir, honnĂȘtes et permis, Mais gais, tels qu'un vieux vin les conseille et les aime ? RODOLPHE Parlons de nos amours ; la joie et la beautĂ© Sont mes dieux les plus chers, aprĂšs la libertĂ©. Ébauchons, en trinquant, une joyeuse idylle. Par les bois et les prĂ©s, les bergers de Virgile FĂȘtaient la poĂ©sie Ă  toute heure, en tout lieu ; Ainsi chante au soleil la cigale-dorĂ©e. D'une voix plus modeste, au hasard inspirĂ©e, Nous, comme le grillon, chantons au coin du feu. ALBERT Faisons ce qui te plaĂźt. Parfois, en cette vie, Une chanson nous berce et nous aide Ă  souffrir, Et, si nous offensons l'antique poĂ©sie, Son ombre mĂȘme est douce Ă  qui la sait chĂ©rir. RODOLPHE Rosalie est le nom de la brune fillette Dont l'inconstant hasard m'a fait maĂźtre et seigneur. Son nom fait mon dĂ©lice, et, quand je le rĂ©pĂšte, Je le sens, chaque fois, mieux gravĂ© dans mon coeur. ALBERT Je ne puis sur ce ton parler de mon amie. Bien que son nom aussi soit doux Ă  prononcer, J e ne saurais sans honte Ă  tel point l'offenser, Et dire, en un seul mot, le secret de ma vie. RODOLPHE Que la fortune abonde en caprices charmants DĂšs nos premiers regards nous devĂźnmes amants. C'Ă©tait un mardi gras dans une mascarade ; Nous soupions ; - la Folie agita ses grelots, Et notre amour naissant sortit d'une rasade, Comme autrefois VĂ©nus de l'Ă©cume des flots. ALBERT Quels mystĂšres profonds dans l'humaine misĂšre ! Quand, sous les marronniers, Ă  cĂŽtĂ© de sa mĂšre, Je la vis, Ă  pas lents, entrer si doucement Son front Ă©tait si pur, son regard si tranquille ! , Le ciel m'en est tĂ©moin, dĂšs le premier moment, Je compris que l'aimer Ă©tait peine inutile ; Et cependant mon coeur prit un amer plaisir À sentir qu'il aimait et qu'il allait souffrir ! RODOLPHE Depuis qu'Ă  mon chevet rit cette tĂȘte folle, Elle en chasse Ă  la fois le sommeil et l'ennui ; Au bruit de nos baisers le temps joyeux s'envole, Et notre lit de fleurs n'a pas encore un pli. ALBERT Depuis que dans ses yeux ma peine a pris naissance, Nul ne sait le tourment dont je suis dĂ©chirĂ©. Elle-mĂȘme l'ignore, - et ma seule espĂ©rance Est qu'elle le devine un jour, quand j'en mourrai. RODOLPHE Quand mon enchanteresse entr'ouvre sa paupiĂšre, Sombre comme la nuit, pur comme la lumiĂšre, Sur l'Ă©mail de ses yeux brille un noir diamant. ALBERT Comme sur une fleur une goutte de pluie, Comme une pĂąle Ă©toile au fond du firmament, Ainsi brille en tremblant le regard de ma vie. RODOLPHE Son front n'est pas plus grand que celui de VĂ©nus. Par un noeud de ruban deux bandeaux retenus L'entourent mollement d'une fraĂźche aurĂ©ole ; Et, lorsqu'au pied du lit tombent ses longs cheveux, On croirait voir, le soir, sur ses flancs amoureux, Se dĂ©rouler gaiement la mantille espagnole. ALBERT Ce bonheur Ă  mes yeux n'a pas Ă©tĂ© donnĂ© De voir jamais ainsi la tĂȘte bien-aimĂ©e. Le chaste sanctuaire oĂč siĂšge sa pensĂ©e D'un diadĂšme d'or est toujours couronnĂ©. RODOLPHE Voyez-la, le matin, qui gazouille et sautille ; Son coeur est un oiseau, - sa bouche est une fleur. C'est lĂ  qu'il faut saisir cette indolente fille, Et, sur la pourpre vive oĂč le rire pĂ©tille, De son souffle enivrant respirer la fraĂźcheur. ALBERT Une fois seulement, j'Ă©tais le soir prĂšs d'elle ; Le sommeil lui venait et la rendait plus belle ; Elle pencha vers moi son front plein de langueur, Et, comme on voit s'ouvrir une rose endormie, Dans un faible soupir, des lĂšvres de ma mie, Je sentis s'exhaler le parfum de son coeur. RODOLPHE Je voudrais voir qu'un jour ma belle dĂ©gourdie, Au cabaret voisin de champagne Ă©tourdie, S'en vĂźnt, en jupon court, se glisser dans tes bras. Qu'adviendrait-il alors de ta mĂ©lancolie ? Car enfin toute chose est possible ici-bas. ALBERT Si le profond regard de ma chĂšre maĂźtresse Un instant par hasard s'arrĂȘtait sur le tien, Qu'adviendrait-il alors de cette folle ivresse ? Aimer est quelque chose, et le reste n'est rien. RODOLPHE Non, l'amour qui se tait n'est qu'une rĂȘverie. Le silence est la mort, et l'amour est la vie ; Et c'est un vieux mensonge Ă  plaisir inventĂ©, Que de croire au bonheur hors, de la voluptĂ© ! Je ne puis partager ni plaindre ta souffrance Le hasard est lĂ -haut pour les audacieux ; Et celui dont la crainte a tuĂ© l'espĂ©rance MĂ©rite son malheur et fait injure aux dieux. ALBERT Non, quand leur Ăąme immense entra dans la nature, Les dieux n'ont pas tout dit Ă  la matiĂšre impure Qui reçut dans ses flancs leur forme et leur beautĂ©. C'est une vision que la rĂ©alitĂ©. Non, des flacons brisĂ©s, quelques vaines paroles Qu'on prononce au hasard et qu'on croit Ă©changer, Entre deux froids baisers quelques rires frivoles, Et d'un ĂȘtre inconnu le contact passager, Non, ce n'est pas l'amour, ce n'est pas mĂȘme un rĂȘve, Et la satiĂ©tĂ©, qui succĂšde au dĂ©sir, AmĂšne un tel dĂ©goĂ»t quand le coeur se soulĂšve, Que je ne sais, au fond, si c'est peine ou plaisir. RODOLPHE Est-ce peine ou plaisir, une alcĂŽve bien close, Et le punch allumĂ©, quand il fait mauvais temps ? Est-ce peine ou plaisir, l'incarnat de la rose, La blancheur de l'albĂątre et l'odeur du printemps ? Quand la rĂ©alitĂ© ne serait qu'une image, Et le contour lĂ©ger des choses d'ici-bas, Me prĂ©serve le ciel d'en savoir davantage ! Le masque est si charmant, que j'ai peur du visage, Et mĂȘme en carnaval je n'y toucherais pas. ALBERT Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire. RODOLPHE Une larme a son prix, c'est la soeur d'un sourire. Avec deux yeux bavards parfois j'aime Ă  jaser ; Mais le seul vrai langage au monde est un baiser. ALBERT Ainsi donc, Ă  ton grĂ© dĂ©pense ta paresse. O mon pauvre secret ! que nos chagrins sont doux ! RODOLPHE Ainsi donc, Ă  ton grĂ© promĂšne ta tristesse. O mes pauvres soupers ! comme on mĂ©dit de vous ! ALBERT Prends garde seulement que ta belle Ă©tourdie Dans quelque honnĂȘte ennui ne perde sa gaietĂ©. RODOLPHE Prends garde seulement que ta rose endormie Ne trouve un papillon quelque beau soir d'Ă©tĂ©. ALBERT Des premiers feux du jour j'aperçois la lumiĂšre. RODOLPHE Laissons notre dispute et vidons notre verre. Nous aimons, c'est assez, chacun Ă  sa façon. J'en ai connu plus d'une, et j'en sais la chanson. Le droit est au plus fort, en amour comme en guerre, Et la femme qu'on aime aura toujours PoĂšmes de Alfred de MussetCitations de Alfred de MussetUne femme est comme votre ombre courez aprĂšs, elle vous fuit ; fuyez-la, elle court aprĂšs vous. I Le sofa sur lequel Hassan Ă©tait couchĂ© Était dans son espĂšce une admirable chose. Il Ă©tait de peau d'ours, — mais d'un ours bien lĂ©chĂ© ; Moelleux comme une chatte, et frais comme une rose Hassan avait d'ailleurs une trĂšs noble pose, Il Ă©tait nu comme Ève Ă  son premier pĂ©chĂ©. II Quoi ! tout nu ! dira-t-on, n'avait-il pas de honte ? Nu, dĂšs le second mot !-Que sera-ce Ă  la fin ? Monsieur, excusez-moi, — je commence ce conte Juste quand mon hĂ©ros vient de sortir du bain Je demande pour lui l'indulgence, et j'y compte. Hassan Ă©tait donc nu, — mais nu comme la main, III Nu comme un plat d'argent, — nu comme un mur Nu comme le discours d'un acadĂ©micien. Ma lectrice rougit, et je la scandalise. Mais comment se fait-il, madame, que l'on dise Que vous avez la jambe et la poitrine bien ? Comment le dirait-on, si l'on n'en savait rient IV Madame allĂ©guera qu'elle monte en berline ; Qu'elle a passĂ© les ponts quand il faisait du vent ; Que, lorsqu'on voit le pied, la jambe se devine ; Et tout le monde sait qu'elle a le pied charmant Mais moi qui ne suis pas du monde, j'imagine Qu'elle aura trop aimĂ© quelque indiscret amant. V Et quel crime est-ce donc de se mettre Ă  son aise, Quand on est tendrement aimĂ©e, — et qu'il fait chaud ? On est si bien tout nu, dans une large chaise ! Croyez-m'en, belle dame, et, ne vous en dĂ©plaise, Si vous m'apparteniez, vous y seriez bientĂŽt. Vous en crieriez sans doute un peu, — mais pas bien haut, VI Dans un objet aimĂ© qu'est-ce donc que l'on aime ? Est-ce du taffetas ou du papier gommĂ© ? Est-ce un bracelet d'or, un peigne parfumĂ© ? Non, — ce qu'on aime en vous, madame, c'est vous mĂȘme. La parure est une arme, et le bonheur suprĂȘme, AprĂšs qu'on a vaincu, c'est d'avoir dĂ©sarmĂ©. VII Tout est nu sur la terre, hormis l'hypocrisie ; Tout est nu dans les cieux, tout est nu dans la vie, Les tombeaux, les enfants et les divinitĂ©s. Tous les cƓurs vraiment beaux laissent voir leurs beautĂ©s Ainsi donc le hĂ©ros de cette comĂ©die Restera nu, madame, — et vous y consentez. VIII Un silence parfait rĂšgne dans cette histoire Sur les bras du jeune homme et sur ses pieds d'ivoire La naĂŻade aux yeux verts pleurait en le quittant. On entendait Ă  peine au fond de la baignoire Glisser l'eau fugitive, et d'instant en instant Les robinets d'airain chanter en s'Ă©gouttant. IX Le soleil se couchait ; — on Ă©tait en septembre Un triste mois chez nous, — mais un mois sans pareil Chez ces peuples dorĂ©s qu'a bĂ©nis le soleil. Hassan poussa du pied la porte de la chambre. Heureux homme !-il fumait de l'opium dans de l'ambre, Et vivant sans remords, il aimait le sommeil. X Bien qu'il ne s'Ă©levĂąt qu'Ă  quelques pieds de terre, Hassan Ă©tait peut-ĂȘtre un homme Ă  caractĂšre ; Il ne le montrait pas, n'en ayant pas besoin Sa petite mĂ©daille annonçait un bon coin. Il Ă©tait trĂšs bien pris ; — on eĂ»t dit que sa mĂšre L'avait fait tout petit pour le faire avec soin. XI Il Ă©tait indolent, et trĂšs opiniĂątre ; Bien cambrĂ©, bien lavĂ©, le visage olivĂątre, Des mains de patricien, — l'aspect fier et nerveux, La barbe et les sourcils trĂšs noirs, — un corps d'albĂątre. Ce qu'il avait de beau surtout, c'Ă©taient les yeux. Je ne vous dirai pas un mot de ses cheveux ; XII C'est une vanitĂ© qu'on rase en Tartarie. Ce pays-lĂ  pourtant n'Ă©tait pas sa patrie. Il Ă©tait renĂ©gat, — Français de nation, — Riche aujourd'hui, jadis chevalier d'industrie, Il avait dans la mer jetĂ© comme un haillon Son titre, sa famille et sa religion. XIII Il Ă©tait trĂšs joyeux, et pourtant trĂšs maussade. DĂ©testable voisin, — excellent camarade, ExtrĂȘmement futile, — et pourtant trĂšs posĂ©, Indignement naĂŻf, — et pourtant trĂšs blasĂ©, Horriblement sincĂšre, — et pourtant trĂšs rusĂ© Vous souvient-il, lecteur, de cette sĂ©rĂ©nade XIV Que don Juan, dĂ©guisĂ©, chante sous un balcon ? -Une mĂ©lancolique et piteuse chanson, Respirant la douleur, l'amour et la tristesse. Mais l'accompagnement parle d'un autre ton. Comme il est vif, joyeux ! avec quelle prestesse Il sautille !-On dirait que la chanson caresse XV Et couvre de langueur le perfide instrument, Tandis que l'air moqueur de l'accompagnement Tourne en dĂ©rision la chanson elle-mĂȘme, Et semble la railler d'aller si tristement Tout cela cependant fait un plaisir extrĂȘme. — C'est que tout en est vrai, — c'est qu'on trompe et XVI C'est qu'on pleure en riant ; — c'est qu'on est innocent Et coupable Ă  la fois ; — c'est qu'on se croit parjure Lorsqu'on n'est qu'abusĂ© ; c'est qu'on verse le sang Avec des mains sans tache, et que notre nature A de mal et de bien pĂ©tri sa crĂ©ature Tel est le monde, hĂ©las ! et tel Ă©tait Hassan. XVII C'Ă©tait un bon enfant dans la force du terme ; TrĂšs bon-et trĂšs enfant ; — mais quand il avait dit Je veux que cela soit , il Ă©tait comme un terme. Il changeait de dessein comme on change d'habit ; Mais il fallait toujours que le dernier se fĂźt. C'Ă©tait un ocĂ©an devenu terre ferme. XVIII Bizarrerie Ă©trange ! avec ses goĂ»ts changeants, Il ne pouvait souffrir rien d'extraordinaire Il n'aurait pas marchĂ© sur une mouche Ă  terre. Mais s'il l'avait trouvĂ©e Ă  dĂźner dans son verre, Il aurait assommĂ© quatre ou cinq de ses gens - Parlez aprĂšs cela des bons et des mĂ©chants ! XIX Venez aprĂšs cela crier d'un ton de maĂźtre Que c'est le cƓur humain qu'un auteur doit connaĂźtre ! Toujours le cƓur humain pour modĂšle et pour loi. Le cƓur humain de qui ? le cƓur humain de quoi ? Celui de mon voisin a sa maniĂšre d'ĂȘtre ; Mais morbleu ! comme lui, j'ai mon cƓur humain, moi. XX Cette vie est Ă  tous, et celle que je mĂšne, Quand le diable y serait, est une vie humaine. Alors, me dira-t-on, c'est vous que vous peignez, Vous ĂȘtes le hĂ©ros, vous vous mettez en scĂšne -Pas du tout, — cher lecteur, — je prends Ă  l'un le nez -À l'autre, le talon, — Ă  l'autre, — devinez. XXI En ce cas vous crĂ©ez un monstre, une chimĂšre, Vous faites un enfant qui n'aura point de pĂšre. -Point de pĂšre, grand Dieu ! quand, comme Trissotin J'en suis chez mon libraire accouchĂ© ce matin ! D'ailleurs is pater est quem nuptiae... j'espĂšre Que vous m'Ă©pargnerez de vous parler latin. XXII Consultez les experts, le moderne et l'antique ; On est, dit Brid'oison, toujours fils de quelqu'un . Que l'on fasse, aprĂšs tout, un enfant blond, ou brun, Pulmonique ou bossu, borgne ou paralytique, C'est dĂ©jĂ  trĂšs joli, quand on en a fait un ; Et le mien a pour lui qu'il n'est point historique. XXIII ConsidĂ©rez aussi que je n ai rien volĂ© A la BibliothĂšque ; — et bien que cette histoire Se passe en Orient, je n'en ai point parlĂ©. Il est vrai que, pour moi, je n'y suis point allĂ©. Mais c'est si grand, si loin !-Avec de la mĂ©moire On se tire de tout -allez voir pour y croire. XXIV Si d'un coup de pinceau je vous avais bĂąti Quelque ville aux toits bleus, quelque blanche mosquĂ©e, Quelque tirade en vers, d'or et d'argent plaquĂ©e, Quelque description de minarets flanquĂ©e, Avec l'horizon rouge et le ciel assorti, M'auriez-vous rĂ©pondu Vous en avez menti ? XXV Je vous dis tout cela, lecteur, pour qu'en Ă©change Vous me fassiez aussi quelque concession. J'ai peur que mon hĂ©ros ne vous paraisse Ă©trange ; Car l'Ă©trange, Ă  vrai dire, Ă©tait sa passion. Mais, madame, aprĂšs tout, je ne suis pas un ange. Et qui l'est ici-bas ?-Tartuffe a bien raison. XXVI Hassan Ă©tait un ĂȘtre impossible Ă  dĂ©crire. C'est en vain qu'avec lui je voudrais vous lier, Son cƓur est un logis qui n'a pas d'escalier. Ses intimes amis ne savaient trop qu'en dire. Parler est trop facile, et c'est trop long d'Ă©crire Ses secrets sentiments restaient sur l'oreiller. XXVII Il n'avait ni parents, ni guenon, ni maĂźtresse. Rien d'ordinaire en lui, — rien qui le rattachĂąt Au commun des martyrs, — pas un chien, pas un chat. Il faut cependant bien que je vous intĂ©resse A mon pauvre hĂ©ros. — Dire qu'il est pacha, C'est un moyen usĂ©, c'est une maladresse. XXVIII Dire qu'il est grognon, sombre et mystĂ©rieux, Ce n'est pas vrai d'abord, et c'est encor plus vieux. Dire qu'il me plaĂźt fort, cela n'importe guĂšre. C'est tout simple d'ailleurs, puisque je suis son pĂšre Dire qu'il est gentil comme un cƓur, c'est vulgaire. J'ai dĂ©jĂ  dit lĂ -haut qu'il avait de beaux yeux. XXIX Dire qu'il n'avait peur ni de Dieu ni du diable, C'est chanceux d'une part, et de l'autre immoral. Dire qu'il vous plaira, ce n'est pas vraisemblable. Ne rien dire du tout, cela vous est Ă©gal. Je me contente donc du seul terme passable Qui puisse l'excuser -c'est un original. XXX PlĂ»t Ă  Dieu, qui peut tout, que cela pĂ»t suffire A le justifier de ce que je vais dire ! Il le faut cependant, — le vrai seul est ma loi. Au fait, s'il agit mal, on pourrait rĂȘver pire. Ma foi, tant pis pour lui -je ne vois pas pourquoi Les sottises d'Hassan retomberaient sur moi. XXXI D'ailleurs on verra bien, si peu qu'on me connaisse, Que mon hĂ©ros de moi diffĂšre entiĂšrement. J'ai des prĂ©tentions Ă  la dĂ©licatesse ; Quand il m'est arrivĂ© d'avoir une maĂźtresse, Je me suis comportĂ© trĂšs pacifiquement. En honneur devant Dieu, je ne sais pas comment XXXII J'ai pu, tel que je suis, entamer cette histoire, Pleine, telle qu'elle est, d'une atrocitĂ© noire. C'est au point maintenant que je me sens tentĂ© De l'abandonner lĂ  pour ma plus grande gloire, Et que je brĂ»lerais mon Ɠuvre, en vĂ©ritĂ©, Si ce n'Ă©tait respect pour la postĂ©ritĂ©. XXXIII Je disais donc qu'Hassan Ă©tait natif de France ; Mais je ne disais pas par quelle extravagance Il en Ă©tait venu jusqu'Ă  croire, Ă  vingt ans, Qu'une femme ici-bas n'Ă©tait qu'un passe-temps. Quand il en rencontrait une Ă  sa convenance, S'il la cardait huit jours. c'Ă©tait dĂ©jĂ  longtemps. XXXIV On sent l'absurditĂ© d'un semblable systĂšme, Puisqu'il est avĂ©rĂ© que, lorsqu'on dit qu'on aime, On dit en mĂȘme temps qu'on aimera toujours, — Et qu'on n'a jamais vu ni rois ni troubadours Jurer Ă  leurs beautĂ©s de les aimer huit jours. Mais cet enfant gĂątĂ© ne vivait que de crĂšme XXXV Je sais bien, disait-il un jour qu'on en parlait, Que les trois quarts du temps ma crĂšme a le goĂ»t d'ailette Nous avons sur ce point un siĂšcle de vinaigre, OĂč c'est dĂ©jĂ  beaucoup que de trouver du lait Mais toute servitude en amour me dĂ©plaĂźt ; J'aimerais mieux. je crois, ĂȘtre le chien d'un nĂšgre, XXXVI Ou mourir sous le fouet d'un cheval rĂ©tif, Que de craindre une jupe et d'avoir pour maĂźtresse Un de ces beaux geĂŽliers, au regard attentif, Qui, d'un pas mesurĂ© marchant sur la souplesse Du haut de leurs yeux bleus vous promĂšnent en laisse Un bĂąton de noyer, au moins, c'est positif. XXXVII On connaĂźt son affaire, — on sait Ă  quoi s'attendre ; On se frotte le dos, — on s'y fait par degrĂ© Mais vivre ensorcelĂ© sous un ruban dorĂ© ! boire du lait sucrĂ© dans un maillot vert tendre ! N'avoir Ă  son cachot qu'un mur si dĂ©labrĂ©, Qu'on ne s'y saurait mĂȘme accrocher pour s'a pendre XXXVIII Ajoutez Ă  cela que, pour comble d'horreur, La femme la plus sĂšche et la moins malhonnĂȘte Au bout de mes huit jours trouvera dans sa tĂȘte, Ou dans quelque recoin oubliĂ© de son cƓur, Un amant qui jadis lui faisait plus d'honneur, Un cƓur plus expansif, une jambe mieux faite XXXIX Plus de douceur dans l'Ăąme ou de nerf dans les bras — Je rappelle au lecteur qu'ici comme lĂ -bas C'est mon hĂ©ros qui parle, et je mourrais de honte S'il croyait un instant que ce que je raconte, Ici plus que jamais, ne me rĂ©volte pas Or donc, disait Hassan, plus la rupture est prompte, XL Plus mes petits talents gardent de leur fraĂźcheur C'est la satiĂ©tĂ© qui calcule et qui pense. Tant qu'un grain d'amitiĂ© reste dans la balance. Le Souvenir souffrant s'attache Ă  l'espĂ©rance Comme un enfant malade aux lĂšvres de sa sƓur. L'esprit n'y voit pas clair avec les yeux du cƓur. XLI Le dĂ©goĂ»t, c'est la haine — et quel motif de haine Pourrais-je soulever ?— pourquoi m'en voudrait-on ? Une femme dira qu'elle pleure — et moi donc ! Je pleure horriblement ! — je me soutiens Ă  peine ; Que dis-je, malheureux ! il faut qu'on me soutienne. Je n'ose mĂȘme pas demander mon pardon. XLII Je me prive du corps, mais je conserve l'Ăąme. Il est vrai, dira-t-on, qu'il est plus d'une femme PrĂšs de qui l'on ne fait, avec un tel moyen, Que se priver de tout et ne conserver rien. Mais c'est un pur mensonge, un calembour infĂąme, Qui ne mordra jamais sur un homme de bien XLIII VoilĂ  ce que disait Hassan pour sa dĂ©fense. Bien entendu qu'alors tout se passait en France, Du temps que sur l'oreille il avait ce bonnet Qui fit Ă  son dĂ©part une si belle danse Par dessus les moulins. Du reste, s'il tenait A son raisonnement, c'est qu'il le comprenait. XLIV Bien qu'il traitĂąt l'amour d'aprĂšs un catĂ©chisme, Et qu'il mit tous ses soins Ă  dorer son sophisme, Hassan avait des nerfs qu'il ne pouvait railler. Chez lui la jouissance Ă©tait un paroxysme Vraiment inconcevable et fait pour effrayer Non pas qu'on l'entendit ni pleurer ni crier. — XLV Un lĂ©ger tremblement, — une pĂąleur extrĂȘme, — Une convulsion de la gorge un blasphĂšme, — Quelques mots sans raison balbutiĂ©s tout bas, C'est tout ce qu'on voyait sa maĂźtresse elle-mĂȘme N'en sentait rien, sinon qu'il restait dans ses bras Sans haleine et sans force, et ne rĂ©pondait pas. XLVI Mais Ă  cette bizarre et ridicule ivresse SuccĂ©dait d'ordinaire un tel enchantement Qu'il commençait d'abord par faire Ă  sa maĂźtresse Mille et un madrigaux, le tout trĂšs lourdement. Il devenait tout miel, tout sucre et tout caresse. Il eĂ»t communiĂ© dans un pareil moment. XLVII. Il n'existait alors secret ni confidence Qui pĂ»t y rĂ©sister. — Tout partait, tout roulait ; Tous les Ă©panchements du monde entraient en danse, Illusions, soucis, gloire, amour, espĂ©rance ; Jamais confessionnal ne vit de chapelet Comparable en longueur Ă  ceux qu'il dĂ©filait. XLVIII Ah ! c'est un grand malheur, quand on a le cƓur tendre, Que ce lien de fer que la nature a mis Entre l'Ăąme et le corps, ces frĂšres ennemis ! Ce qui m'Ă©tonne, moi, c'est que Dieu l'ait permis VoilĂ  le nƓud gordien qu'il fallait qu'Alexandre RompĂźt de son Ă©pĂ©e, et rĂ©duisit en cendre. XLIX L'Ăąme et le corps, hĂ©las ! ils iront deux Ă  deux, Tant que le monde ira, — pas Ă  pas, — cĂŽte Ă  cĂŽte, Comme s'en vont les vers classiques et les bƓufs. L'un disant Tu fais mal ! et l'autre C'est ta faute. Ah ! misĂ©rable hĂŽtesse, et plus misĂ©rable hĂŽte ! Ce n'est vraiment pas vrai que tout soit pour le mieux. L Et la preuve, lecteur, la preuve irrĂ©cusable Que ce monde est mauvais, c'est que pour y rester Il a fallu s'en faire un autre, et l'inventer Un autre !-monde Ă©trange, absurde, inhabitable, Et qui, pour valoir mieux que le seul vĂ©ritable, N'a pas mĂȘme un instant eu besoin d'exister LI Oui, oui, n'en doutez pas, c'est un plaisir perfide Que d'enivrer son Ăąme avec le vin des sens ; Que de baiser au front la voluptĂ© timide, Et de laisser tomber, comme la jeune Elfride. La clef d'or de son cƓur dans les eaux des torrents. Heureux celui qui met, dans de pareils moments, LII Comme ce vieux vizir qui gardait sa sultane, La lame de son sabre entre une femme et lui ! Heureux l'autel impur qui n'a pas de profane ! Heureux l'homme indolent pour qui tout est fini Quand le plaisir s'Ă©mousse, et que la courtisane N'a jamais vu pleurer aprĂšs qu'il avait ri ! LIII Ah ! l'abĂźme est si grand ! la pente est si glissante ! Une maĂźtresse aimĂ©e est si prĂšs d'une sƓur ! Elle vient si souvent, plaintive et caressante, Poser, en chuchotant, son cƓur sur votre cƓur ! L'homme est si faible alors ! la femme est si puissante ! Le chemin est si doux du plaisir au bonheur ! LIV Pauvres gens que nous tous !-Et celui qui se livre, De ce qu'il aura fait doit tĂŽt ou tard gĂ©mir ! La coupe est lĂ , brĂ»lante, — et celui qui s'enivre Doit rire de pitiĂ© s'il ne veut pas frĂ©mir ! VoilĂ  le train du monde, et ceux qui savent vivre Vous diront Ă  cela qu'il valait mieux dormir. LV Oui, dormir-et rĂȘver !-Ah ! que la vie est belle, Quand un rĂȘve divin fait sur sa nuditĂ© Pleuvoir les rayons d'or de son prisme enchantĂ© ! Frais comme la rosĂ©e, et fils du ciel comme elle ! Jeune oiseau de la nuit, qui, sans mouiller son aile, Voltige sur les mers de la rĂ©alitĂ© ! LVI Ah ! si la rĂȘverie Ă©tait toujours possible ! Et si le somnambule, en Ă©tendant la main, Ne trouvait pas toujours la nature inflexible Qui lui heurte le front contre un pilier d'airain ! Si l'on pouvait se faire une armure insensible ! Si l'on rassasiait l'amour comme la faim ! LVII Pourquoi Manon Lescaut, dĂšs la premiĂšre scĂšne, Est-elle si vivante et si vraiment humaine, Qu'il semble qu'on l'a vue et que c'est un portrait ? Et pourquoi l'HĂ©loĂŻse est-elle une ombre vaine, Qu'on aime sans y croire et que nul ne connaĂźt ? Ah ! rĂȘveurs, ah, rĂȘveurs, que vous avons-nous fait ? LVIII Pourquoi promenez-vous ces spectres de lumiĂšre Devant le rideau noir de nos nuits sans sommeil, Puisqu'il faut qu'ici-bas tout songe ait son rĂ©veil, Et puisque le dĂ©sir se sent clouĂ© sur terre, Comme un aigle blessĂ© qui meurt dans la poussiĂšre, L'aile ouverte, et les yeux fixĂ©s sur le soleil ? LIX Manon ! sphinx Ă©tonnants vĂ©ritable sirĂšne, CƓur trois fois fĂ©minin, ClĂ©opĂątre en paniers ! Quoi qu'on dise ou qu'on fasse, et bien qu'Ă  Sainte HĂ©lĂšne On ait trouvĂ© ton livre Ă©crit pour des portiers, Tu n'en es pas moins vraie, infĂąme, et ClĂ©omĂšne N'est pas digne, Ă  mon sens, de te baiser les pieds LX Tu m'amuses autant que Tiberge m'ennuie , Comme je crois en toi ! que je t'aime et te hais ! Quelle perversitĂ© ! quelle ardeur inouĂŻe Pour l'or et le plaisir ! Comme toute la vie Est dans tes moindres mots ! Ah ! folle que tu es. Comme je t'aimerais demain, si tu vivais ! LXI En vĂ©ritĂ©, lecteur, je crois que je radote. Si tout ce que je dis vient Ă  propos de botte, Comment goĂ»teras-tu ce que je dis de bon ? J'ai fait un hiatus indigne de pardon ; Je compte lĂ -dessus rĂ©diger une note. J'en suis donc Ă  te dire... oĂč diable en suis-je donc ? LXII M'y voilĂ . — Je disais qu'Hassan, prĂšs d'une femme, Était trĂšs expansif, — il voulait tout ou rien. Je confesse, pour moi, que je ne sais pas bien Comment on peut donner le corps sans donner l'Ăąme, L'un Ă©tant la fumĂ©e, et l'autre Ă©tant la flamme. Je ne sais pas non plus s'il Ă©tait bon chrĂ©tien ; LXIII Je ne sais mĂȘme pas quelle Ă©tait sa croyance, Ni quel secret si tendre il avait confiĂ©, Ni de quelle façon, quand il Ă©tait en France, Ses maĂźtresses d'un jour l'avaient mystifiĂ©, Ni ce qu'il en pensait, — ni quelle extravagance L'avait fait blasphĂ©mer l'amour et l'amitiĂ©, LXIV Mais enfin, certain soir qu'il ne savait que faire, Se trouvant mal en train vis-Ă -vis de son verre, Pour tuer un quart d'heure il prit monsieur Galland. Dieu voulut qu'il y vĂźt comme quoi le sultan Envoyait tous les jours une sultane en terre, Et ce fut lĂ -dessus qu'il se fit musulman . LXV Tous les premiers du mois, un juif aux mains crochues Amenait chez Hassan deux jeunes filles nues, Tous les derniers du mois on leur donnait un bain, Un dĂ©jeuner, un voile, un sequin dans la main, Et puis on les priait d'aller courir les rues. SystĂšme assurĂ©ment qui n'a rien d'inhumain LXVI C'Ă©tait ainsi qu'Hassan, quatre fois par semaine, Abandonnait son Ăąme au doux plaisir d'aimer. Ne sachant pas le turc, il se livrait sans peine À son aise en français il pouvait se pĂąmer. Le lendemain, bonsoir. — Une vieille Égyptienne Venait ouvrir la porte au maĂźtre, et la fermer. LXVII Ceci pourra sembler fort extraordinaire, Et j'en sais qui riront d'un systĂšme pareil. Mais il parait qu'Hassan se croyait, au contraire, L'homme le plus heureux qui fĂ»t sous le soleil. Ainsi donc, pour l'instant, lecteur, laissons-le faire. Le voilĂ , tel qu'il est, attendant le sommeil. LXVIII Le sommeil ne vint pas, — mais cette douce ivresse Qui semble ĂȘtre sa sƓur, ou plutĂŽt sa maĂźtresse ; Qui, sans fermer les yeux, ouvre l'Ăąme Ă  l'oubli ; Cette ivresse du cƓur, si douce Ă  la paresse Que, lorsqu'elle vous quitte, on croit qu'on a dormi ; PĂąle comme MorphĂ©e, et plus belle que lui. LXIX C'est le sommeil de l'Ăąme On se remue, on bĂąille, et cependant on dort. On se sent trĂšs bien vivre, et pourtant on est mort On ne parlerait pas d'amour, mais je prĂ©sume Que l'on serait capable, avec un peu d'effort... Je crois qu'une sottise est au bout de ma plume. LXX Avez-vous jamais vu, dans le creux d'un ravin, Un bon gros vieux faisan, qui se frotte le ventre, S'arrondir au soleil, et ronfler comme un chantre ? Tous les points de sa boule aspirent vers le centre. On dirait qu'il rumine, ou qu'il cuve du vin, Enfin, quoi qu'il en soit, c'est un Ă©tat divin. LXXI Lecteur, si tu t'en vas jamais en Terre sainte, Regarde sous tes pieds tu verras des heureux. Ce sont de vieux fumeurs qui dorment dans l'enceinte OĂč s'Ă©levait jadis la citĂ© des HĂ©breux. Ces gens-lĂ  savent seuls vivre et mourir sans plainte Ce sont des mendiants qu'on prendrait pour des dieux. LXXII Ils parlent rarement, — ils sont assis par terre, Nus, ou dĂ©guenillĂ©s, le front sur une pierre, N'ayant ni sou ni poche, et ne pensant Ă  rien. Ne les rĂ©veille pas ils t'appelleraient chien. Ne les Ă©crase pas ils te laisseraient faire. Ne les mĂ©prise pas car ils te valent bien. LXXIII C'est le point capital du mahomĂ©tanisme De mettre le bonheur dans la stupiditĂ©. Que n'en est-il ainsi dans le christianisme ! J'en citerais plus d'un qui l'aurait mĂ©ritĂ©, Et qui mourrait heureux sans s'en ĂȘtre doutĂ© ! Diable ! j'ai du malheur, — encore un barbarisme. LXXIV On dit mahomĂ©tisme, et j'en suis bien fĂąchĂ© . Il fallait me lever pour prendre un dictionnaire, Et j'avais fait mon vers avant d'avoir cherchĂ©. Je me suis retournĂ©, — ma plume Ă©tait par terre. J'avais marchĂ© dessus, — j'ai souillĂ©, de colĂšre Ma bougie et ma verve, et je me suis couchĂ©. LXXV Tu vois, ami lecteur, jusqu'oĂč va ma franchise Mon hĂ©ros est tout nu, moi je suis en chemise. Je pousse la candeur jusqu'Ă  t'entretenir D'un chagrin domestique. — OĂč voulais-je en venir ? Je suis comme EnĂ©as portant son pĂšre Anchise. LXXXVI ÉnĂ©as s'essoufflait, et marchait Ă  grands pas. Sa femme Ă  chaque instant demeurait en arriĂšre CrĂ©ĂŒse, disait-il, pourquoi ne viens-tu pas ? CrĂ©ĂŒse rĂ©pondait Je mets ma jarretiĂšre. -Mets-la donc, et suis-nous, rĂ©pondait ÉnĂ©as. Je vais, si tu ne viens, laisser tomber mon pĂšre. LXXVII Lecteur, nous allons voir si tu comprends ceci Anchise est mon poĂšme ; et ma femme CrĂ©ĂŒse Qui va toujours trainant en chemin. c'est ma muse Elle s'en va lĂ -bas quand je la crois ici. Une pierre l'arrĂȘte, un papillon l'amuse. Quand arriverons-nous si nous marchons ainsi ? LXXVIII EnĂ©as, d'une part, a besoin de sa femme. Sans elle, Ă  dire vrai, ce n'est qu'un corps sans Ăąme. Anchise, d'autre part, est horriblement lourd. Le troisiĂšme pĂ©ril, c'est que Troie est en flamme. Mais, dĂšs qu'Anchise grogne ou que sa femme court. CrĂ©as est forcĂ© de s'arrĂȘter tout - Chant premier PoĂšmes de Alfred de Musset Citations de Alfred de Musset

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